C’est
un véritable hallali contre le PS auquel on assiste
depuis le mois de juin : un parti presque mort, qui ne
serait bon qu’à jeter dans les poubelles de l’histoire…
Les petites phrases assassines se multiplient en cette
période estivale, à croire que tous les responsables
socialistes se sont donné le mot, un peu plus il est
vrai parmi les amis de Ségolène Royal…
La
dimension politicienne n’échappera à personne. Mais
au-delà, il y a un aspect qui n’est pas purement
anecdotique ou circonstanciel : partout en Europe et pas
seulement en France, la social-démocratie est en crise.
C’est une crise profonde et sans doute durable, d’autant
plus durable qu’elle reflète un phénomène aux
conséquences multiples, l’approfondissement de la crise
capitaliste, et l’impossibilité pour des partis
gestionnaires, prétendument réformistes, de représenter
une alternative. Avec en toile de fond, l’hypothèse de
plus en plus probable que la gauche sera incapable de
battre la droite pour quelques temps encore.
C’est
une situation qui en elle-même n’est ni réjouissante ni
catastrophique, mais à l’image de la période et des
rapports de force dans la lutte de classe, peut être
grosse de possibilités comme de dangers, source de
découragement et de démoralisation pour bon nombre de
travailleurs qui voudraient encore croire au « moindre
mal », voire de fuite en avant sur le terrain de
l’extrême-droite après quelques années de répit en
France, ou au contraire terrain propice pour
reconstruire une issue anticapitaliste susceptible de
redonner espoir.
Pour
le NPA, c’est une responsabilité considérable qui nous
oblige à articuler en permanence politique de front
unique et construction du parti, interventions dans les
luttes et propositions pour les élections.
Dans les luttes
Sans
attendre la rentrée, la question de l’unité se pose de
manière urgente, en premier lieu sur le terrain des
luttes. Après la séquence de ces six derniers mois, il
n’y a pas eu de défaite majeure du salariat. Mais les
reculs depuis des années s’accumulent et le bilan de ces
derniers mois contribuent inévitablement à renforcer le
sentiment qu’il va être difficile de rebondir après tout
ce gâchis.
Une
difficulté qui se décline de manière particulière pour
le NPA si nous voulons éviter le piège des appels
souvent incantatoires en direction de partis de gauche
même « de gauche » qui ne cherchent nullement à
bousculer la stratégie de démobilisation des directions
syndicales, tout en sachant que les tentatives à la base
pour regrouper les militants les plus combatifs, sans
exclusive, rencontrent inévitablement un certain
scepticisme du fait de la dispersion et de la faiblesse
de nos forces.
La
question clé reste celle des licenciements. Des
résistances existent, leur radicalité peut inquiéter le
gouvernement et le patronat Mais pour quelques
entreprises où les travailleurs obtiennent des
compensations financières et une victoire morale face à
l’adversité, combien de centaines voire de milliers
d’entreprises où les travailleurs n’ont ni la force ni
l’envie de menacer de faire exploser des bonbonnes de
gaz pour se faire entendre, où la question de la
convergence des luttes et de l’interdiction des
licenciements se pose plus que jamais avec une force
dramatique ?
C’est dans cette situation
qu’il importe de formuler avec soin les revendications que
nous voulons défendre. Ce qui est juste, ce qui est
nécessaire, c’est d’interdire les licenciements et de
répartir entre toutes et tous les emplois disponibles par
une diminution radicale du temps de travail. C’est une
revendication d’une force inouïe qui met en cause le droit
des capitalistes à diriger nos vies, et leur droit de
propriété. Mais elle exigerait pour commencer à être
appliquée un degré d’organisation et de conscience qui ne
peut être porté que par une mobilisation puissante,
prolongée, politique, de telle sorte que l’empiètement sur
le droit de propriété et l’ouverture des livres de comptes
ne soient pas un vain mot, ouvrant du même coup bien des
perspectives sur un autre monde possible.
Ce
mot d’ordre a été popularisé par l’extrême gauche depuis
des années, il rencontre un écho certain. Mais
spontanément, ce qu’entend et souhaite la grande masse
des salariés confrontés au spectre du chômage, c’est le
droit de vivre, le droit à la continuité d’un emploi et
d’un revenu, quelles que soient les circonstances.
Cette
autre formulation est sans doute bien moins tranchée,
source de bien d’ambiguïtés. Elle peut facilement être
détournée au profit de projets apparemment plus
réalistes, en réalité totalement utopique, comme la « sécurité
sociale professionnelle »
que défend la CGT. Mais aucune formule n’est à l’abri
d’un quelconque affadissement institutionnel,
l’interdiction des licenciements pas plus qu’une autre,
puisque la tentation existe aussi d’en faire un projet
de loi…
La
voie est donc étroite, avec une seule certitude : on ne
fera pas l’économie des luttes et il n’y aura pas de
mécanos institutionnels pouvant s’y substituer, même un
tout petit peu. Mais l’autre danger, c’est évidemment la
tentation jamais absente à l’extrême gauche de partir
d’une idée juste pour finir par défendre des
revendications ayant pour seul objectif de nous
démarquer des autres parce que nous sommes des
révolutionnaires.
Il
n’y aura donc pas de mot d’ordre juste ou efficace en
toute circonstance, mais la volonté opiniâtre de
construire l’unité afin qu’émergent des mobilisations
réelles, en tapant sur un clou ou deux, pas davantage,
mais en tapant réellement de façon prolongée, sans
négliger à chaque étape les évolutions de consciences
qui peuvent changer rapidement, ce qui suppose de
construire jusqu’au bout un rapport démocratique avec la
population.
Et
dans les urnes
Les
luttes, les élections, la construction du parti : ce
sont évidemment trois niveaux distincts, où les
délimitations ne sont pas les mêmes. On peut rassembler
largement dans les luttes, sans préalable, mais pour les
élections, c’est déjà la question du pouvoir qui est
posée ainsi que nos rapports aux institutions, même si
nous ne sommes pas d’accord sur tout comme dans un parti
(ou presque !). Pourtant aucun étage ne mérite d’être
ignoré ou opposé à d’autres, surtout dans la situation
actuelle.
Le
Parti socialiste est mal en point, mais la gauche de la
gauche n’est pas forcément en grande forme, avec un
mélange d’attente et d’aspiration qui s’exprime
régulièrement mais de manière confuse, souvent
contradictoire, où le rejet souvent sincère du
capitalisme ne dépasse guère le cadre du réformisme
antilibéral, où le cadre politique normal est avant tout
celui des élections.
Au sein du NPA, il serait sans
doute surprenant que l’on puisse se faire des illusions
sur la direction du Parti de gauche. Mais c’est une
difficulté plus générale qui nous attend, celle de
construire de manière cohérente une démarche unitaire qui
puisse se décliner à la fois dans les luttes et dans les
élections. Du côté du PG, de la Fédération, des
Alternatifs, ou du PCF, les rendez-vous sont plus faciles
à obtenir même localement quand il s’agit de parler des
élections plutôt que d’intervention dans les luttes. A
l’inverse, l’intervention des militants de Lutte ouvrière
est souvent positive, voire décisive comme dans
l’automobile. Mais leur sectarisme reste entier, surtout
quand il s’agit du NPA.
Pourtant,
quelles que soient les difficultés, nous pouvons
difficilement faire l’impasse sur les différents milieux
que ces organisations influencent. Or pour convaincre,
il ne faut pas uniquement persuader les autres de nos
différences mais également de notre sérieux et de notre
souci de l’intérêt général. Comment faire sans débattre
loyalement des possibilités d’agir ensemble dans tous
les domaines, y compris dans les élections ? C’est aux
organisations de répondre, et aux militants que nous
devons rencontrer partout pour en discuter, ce n’est pas
à nous de fermer les portes a priori.
C’est
donc sur cette démarche que nous devons prendre le temps
de débattre au sein du NPA, pour qu’ensuite on puisse
discuter de tout avec les autres, sur les programmes,
sur le rapport aux institutions, sur les questions
multiples que pose la question du deuxième tour, et même
sur les compromis que l’on peut faire ou pas, sans
jamais perdre de vue non plus qu’au-delà des partis et
de leurs milieux proches, il y a des millions de gens
qui doivent pouvoir comprendre ce que l’on fait.
Cela
veut dire ne pas se précipiter, et prendre le temps à
chaque étape de mesurer ce que nous sommes en train de
faire. Mais chaque fois que c’est possible, les
révolutionnaires recherchent l’unité, militent pour.
Dans la clarté.
Jean-François
Cabral