Le
développement de la crise, le scandale de la dette publique,
la montée du chômage, la détérioration des conditions de
travail et de vie du plus grand nombre, les tensions qui en
résultent, l’offensive politique réactionnaire de la droite
et du gouvernement, les nouvelles attaques contre les
retraites créent une situation politique difficile. Le
mécontentement croissant se combine à un sentiment, sinon de
résignation ou de fatalité, du moins d’impuissance qui
laisse le champ libre à la passivité des directions
syndicales. Le NPA n’échappe pas à la pression ambiante, aux
difficultés des mobilisations. L’espoir de voir émerger de
ce contexte une nouvelle force politique susceptible de
porter les aspirations du monde du travail, sa révolte, de
leur ouvrir une nouvelle perspective politique se confronte
aux pressions que la crise exerce sur toute la société.
Pouvait-il en être autrement ? Un parti pour la
transformation révolutionnaire de la société peut-il se
construire hors de ces confrontations, des doutes voire des
crises qu’elles provoquent ? Certainement non, ce serait
pure illusion de le croire. C’est à travers ces
confrontations que peuvent se forger une nouvelle volonté,
une nouvelle conscience, une capacité collective d’action
supérieure, des liens de solidarité plus forts, une cohésion
politique plus grande. C’est bien cette maturation qui a
commencé au sein du NPA à travers les discussions qui
s’ouvrent tant sur le bilan de notre première année
d’existence, de la campagne des élections régionales que
dans le cadre de la préparation de notre premier congrès.
Nous avons toutes les raisons
d’avoir confiance pour deux raisons essentielles. D’abord
parce que nous ne craignons aucune discussion, que notre
parti connaît, malgré bien des défauts, une démocratie large
et vivante. Ensuite parce que le projet qui nous a réunis
garde toute son actualité, répond à une nécessité, un
besoin. La crise elle-même argumente dans le sens de
l’impérieuse nécessité de travailler au regroupement au sein
du monde du travail et de la jeunesse de toutes celles et de
tous ceux qui prennent conscience de la faillite des classes
dominantes et qu’il n’y a pas d’issue à la crise sans
l’intervention directe des classes populaires pour imposer
leurs droits sociaux mais aussi démocratiques, c'est-à-dire
leur droit à contrôler la marche de la société.
Pas de sortie de crise
sans rupture avec le capitalisme
La crise conditionne toute la vie
politique, les réponses que l’on y apporte définissent les
forces et les courants politiques. Il n’y a plus
d’échappatoire possible. Les discours sur la sortie de crise
qu’il suffirait d’attendre en laissant faire les Etats ont
fait long feu. La crise ouverte en 2008 et le tournant
qu’elle connaît avec la crise des déficits, marque la fin de
la période de développement capitaliste et d’offensive
libérale qui a suivi l’effondrement du mur de Berlin et la
fin de l’URSS. Le monde est entré dans une crise chronique,
une régression sociale, écologique globalisée et le
parasitisme de la finance devient un fait social, politique,
difficilement contestable. Plus personne ne peut imaginer
une sortie de crise progressive et indolore dont il
suffirait de tirer les leçons… Il est clair que sortir de la
crise implique des mesures drastiques contre la propriété
privée financière.
Sans cela, il n’y a pas de réponse
à la question des déficits et de la dette de l’Etat, au
scandale de la rente que versent les Etats à la nouvelle
aristocratie financière, de l’abandon par les Etats du
monopole de l’émission monétaire privatisée et livrée aux
banques qui, en prime, spéculent sur les finances publiques.
C’est pour la survie de ce système que l’on demande aux
populations des sacrifices inacceptables.
L’impuissance des gouvernements à
maîtriser la situation, leur évidente soumission aux banques
alors que les conditions de vie se dégradent mûrissent les
crise sociale et politique. Confrontés aux réalités de la
crise, les partis institutionnels sont discrédités. Les
dernières élections régionales en témoignent dans le même
temps que la déconfiture de Sarkozy crée la possibilité d’un
éclatement de la droite et ouvre à la gauche libérale la
perspective de revenir aux affaires dans le cadre de
l’alternance.
Ce contexte où le parasitisme des
classes dominantes éclate au grand jour plongeant le monde
dans la crise alors que le mouvement ouvrier est comme
tétanisé, pris au piège des routines, de l’adaptation
passive au dialogue social, légitime le défi que nous avons
relevé en fondant le NPA pour contribuer à apporter une
réponse à cette crise du mouvement ouvrier seul pourtant
capable de sortir le monde de la crise dans laquelle les
classes capitalistes l’ont plongé.
La gauche libérale
n’apporte pas de réponse
Le projet du PS pour un autre
« modèle économique, social et écologique » se voudrait
audacieux se refusant à se contenter de « poser une
rustine ici ou un pansement »pour« proposer un
autre modèle » que le libéralisme… Certes, mais on ne
change pas de modèle de société comme on change de marque de
voiture et si l’on en juge par les propos d’un des candidats
possibles du PS pour la présidentielle, DSK, sur la crise
grecque il est évident que le PS ne pourra au mieux que
changer les mots pour mener une politique qui se pliera aux
contraintes du marché et de la dette.
Sauf de s’opposer aux intérêts des
classes dominantes, il n’y a pas de réponse à la crise si ce
n’est une fuite en avant. Il n’y a plus de rustine efficace,
il faut des mesures radicales qui impliquent un changement
tout aussi radical des rapports de force.
C’est bien pourquoi, si nous sommes
en pleine solidarité avec toutes les mobilisations sociales
et politiques qui veulent en finir avec la droite et sa
politique, cette même solidarité nous place en rupture avec
la gauche gouvernementale et libérale. Nous n’avons pas une
politique à proposer à celle-ci, nous avons une politique
pour les travailleurs et toutes les forces qui refusent de
payer les frais de la crise et, a fortiori, de la gérer.
Notre programme n’est pas un
programme pour une bonne gauche gouvernementale mais un
programme pour sortir de la crise en s’attaquant à la racine
du mal, la politique des classes dominantes et de leur Etat.
Et, en conséquence, nous ne
militons par pour une unité avec le Front de gauche qui vise
à intégrer cette « gauche solidaire », pour un « front
populaire du XXIème siècle » et nous ne pouvons nous
laisser prendre dans le piège des discussions unitaires pour
la présidentielle de 2012.
Il y a une autre voie que l’impasse
antilibérale, une voie large et profonde, la voie vers le
monde du travail et la jeunesse. Notre problème n’est pas de
crier plus fort que la gauche notre hostilité à Sarkozy.
Notre programme n’est pas une série de propositions mais un
programme pour les luttes et les mobilisations tant sur le
terrain économique, social que politique. Nous menons le
débat partout pour mieux nous adresser au monde du travail.
C’est autour d’une telle
orientation que le NPA veut regrouper, rassembler à partir
de l’analyse de la crise, de la rupture croissante du monde
du travail et de la jeunesse avec les partis
institutionnels, pour nous faire les porte parole de leur
révolte et de leur colère comme de leurs exigences en posant
la question du pouvoir. Face à l’alternance possible de la
gauche revenant au gouvernement, nous formulons la
perspective d’un gouvernement des travailleurs et de leurs
organisations s’attaquant aux racines mêmes de la crise, la
domination des financiers, des riches, des gros actionnaires
sur la société. Notre programme est un programme pour les
luttes et les mobilisations posant la question du contrôle
de la population sur l’économie et la finance contre la
droite mais aussi en rupture avec la gauche libérale.
Un programme pour les luttes
posant la question du pouvoir
Ce programme définit notre parti en
associant dans une même démarche objectifs pour les luttes
et programme politique à travers une démarche transitoire
partant des besoins immédiats des classes populaires pour
poser la question du pouvoir. Nous le défendons sur le
terrain social et politique, dans les luttes comme dans les
élections et c’est bien la faiblesse de notre campagne des
élections régionales que de n’avoir su avec suffisamment de
cohérence garder ce cap.
Notre
programme n’est pas un modèle -fut-il anticapitaliste- mais
la critique de la politique des classes dominantes et de
leur Etat, de la propagande qui la justifie et vise à
l’imposer, des conséquences dramatiques de cette politique
pour la population, pour formuler les exigences simples qui
pourraient protéger les travailleurs et la population de la
régression sociale, l’enrayer en expliquant que ces
revendications peuvent être satisfaites, qu’elles sont
légitimes mais qu’elles nécessitent une remise en cause du
pouvoir des banques et des patrons.
Notre
démarche pose la question du pouvoir car la satisfaction des
exigences élémentaires des travailleurs, la garantie d’un
travail et d’un revenu décent, passe par une remise en cause
profonde du pouvoir économique et politique des classes
dominantes. Inscrire les luttes dans cette
perspective prend, aujourd’hui, nécessairement un sens
propagandiste mais c’est indispensable si nous voulons
donner à la rupture avec les politiques d’alternance
parlementaire un contenu politique pour souligner la
nécessaire intervention des travailleurs et des classes
populaires pour exercer leur contrôle, c'est-à-dire
conquérir la démocratie, le pouvoir.
Souvent
la perspective de la grève générale est opposée à une
perspective politique, à un débouché politique aux luttes,
ce débouché n’étant conçu que dans le cadre parlementaire,
institutionnel. En fait la grève générale est en elle-même
une perspective politique au sens où elle pose la question
d’un affrontement politique central avec le pouvoir. Il est
évident que virer la droite à l’issue ou au décours d’une
grève générale ne pose pas le problème des réponses
politiques dans les mêmes termes que son remplacement dans
le cadre de l’alternance institutionnelle par la gauche
libérale. Loin d’opposer grève générale et lutte politique,
nous définissons notre perspective dans le cadre d’un
affrontement global avec le pouvoir, l’Etat. Cela ne
signifie nullement que nous ignorons la lutte sur le terrain
électoral, l’importance de gagner des positions sur le
terrain des institutions mais que nous subordonnons ces
batailles à la construction d’un rapport de force entre les
classes dans la perspective de cet affrontement.
La
lutte politique n’est pas subordonnée à la lutte sociale,
mais la lutte politique est subordonnée ou plutôt déterminée
par l’objectif de modifier les rapports de force entre les
classes. Et la lutte politique ne se limite pas ni ne
s’identifie à la lutte électorale ou dans le cadre des
institutions. La politique des militants du NPA dans les
grèves est conçue dans une perspective politique globale,
elle ne se limite pas à une politique syndicale.
Nous
n’avons qu’une politique sur tous les terrains, celle qui
vise à construire un rapport de force pour préparer
l’intervention des masses sur le terrain où se décide leur
propre sort.
Nous
ne sommes pas en mesure de discuter concrètement comment se
combineront demain luttes institutionnelles et luttes
extra-parlementaires mais nous savons que la transformation
révolutionnaire de la société passe par une rupture et la
mise en œuvre d’une démocratie vivante, directe, populaire.
Dès aujourd’hui cela s’exprime dans notre activité
quotidienne qui n’oppose pas d’un côté lutte sociale et
syndicale de l’autre lutte politique, institutionnelle, mais
cherche à unifier notre intervention quel que soit le cadre.
Construire
un parti d’opposition ouvrière et populaire
Un
peu plus d’un an après notre congrès fondateur, le NPA est
en train de se constituer réellement en parti pour, à la
lumière de nos premières batailles, définir sa personnalité,
son orientation par rapport aux autres forces politiques en
particulier de la gauche antilibérale, des directions
syndicales, voire aussi des préjugés qui existent au sein
des classes opprimées. Cela ne veut pas dire être sectaire,
bien au contraire. En règle générale les
tendances sectaires se nourrissent des tendances
opportunistes et réciproquement, c'est-à-dire d’un manque de
personnalité qui soit cède aux sollicitations et pressions
soit s’en protège… Seule notre cohésion collective
construite à travers la vie démocratique du parti et ses
expériences, son intervention politique au sein du monde du
travail peut nous éviter ces écueils.
Pour
être un facteur de démocratie au sein du mouvement ouvrier,
pour contribuer aux évolutions des courants qui le
traversent, pour agir sur les contradictions au sein de la
gauche, gauche antilibérale voire gauche libérale, au sein
du mouvement syndical, en un mot pour jouer pleinement notre
rôle de parti pour la transformation révolutionnaire de la
société, pour aider aux évolutions des consciences, nous
avons besoin de clarifier nos propres orientations,
d’homogénéiser le capital collectif qui nous réunit.
Ce
travail ne se déroule pas à huis clos, c’est un débat
public. Dans le même temps que notre débat démocratique nous
rassemblera, il contribuera à rassembler autour de nous, à
relancer la dynamique un moment freinée par nos
contradictions et ambigüités. C’est là la force de notre
parti, si nous savons la préserver, un parti vivant,
démocratique, qui ne craint ni les crises ni les débats, uni
par la conscience que l’émancipation des travailleurs sera
l’œuvre des travailleurs eux-mêmes et la construction du
parti celle… des militants eux-mêmes…
Yvan
Lemaitre