Le
mouvement contre la réforme Woerth-Sarkozy vient de passer
une étape importante. La manifestation du 12 octobre a été
en nette progression par rapport aux journées précédentes
avec 3,5 millions de manifestants d’après les syndicats.
150 000 étudiants et lycéens sont venus grossir les rangs
des manifestants, exprimant dans la rue leur contestation du
gouvernement, de sa réforme et de cette société du fric. Des
appels à manifester et à poursuivre le mouvement après le 12
sont lancés dans les facs et les lycées et dès jeudi, des
manifestations communes de jeunes et de salariés en grève
ont eu lieu dans le pays, exprimant la révolte face à
Sarkozy et à ce gouvernement des riches par les riches, la
volonté de lui infliger une défaite.
Avec la perspective du 16
octobre et du 19, la grève reconductible se développe elle
aussi, à la SNCF, la RATP, dans la chimie, les ports et
docks et les raffineries,… Des préavis reconductibles ou
illimités sont déposés par les syndicats à EDF, France
Telecom, dans la Fonction Publique et des équipes militantes
s’en saisissent pour impulser la grève reconductible ou pour
participer à des initiatives de blocage. 10 raffineries de
pétrole sur 12 sont ainsi bloquées par la grève, alors que
leur approvisionnement était déjà très fortement ralenti par
la grève des terminaux pétroliers de Fos-Lavera qui dure
depuis plus de 18 jours.
Le mouvement se renforce et se
radicalise, se politise, face au mépris et à l’arrogance du
gouvernement et les secteurs appelant à reconduire la grève
entraînent et donnent confiance dans les possibilités de
gagner face au pouvoir. Cela, malgré les freins des
directions des grandes confédérations syndicales, dont
certaines combattent même la perspective de la grève
reconductible à l’image de Grignard de la CFDT qui
expliquait « ne pas croire du tout que le 12 sera une grande
journée de grève car beaucoup de salariés rechignent à
perdre une journée de salaire (…) La grève reconductible
n'est pas forcément la forme d'action la plus appropriée
pour ce mouvement. Aux salariés de décider, mais partir sur
des arrêts de travail minoritaires, c'est risquer
l'isolement ».
Les directions syndicales se
retrouvent obligées d’aller plus loin qu’elles ne le
souhaitaient à la fois face à la profondeur du mouvement
comme aux provocations de Sarkozy et du gouvernement qui
jouent l’affrontement.
Sarkozy
a voulu l’affrontement… qu’il pourrait bien perdre
Face aux manifestants le 12
octobre, Fillon a réaffirmé : « Je le dis très
solennellement à cette heure devant l'Assemblée nationale,
nous sommes décidés à mener cette réforme à son terme ».
Arrogant et méprisant vis-à-vis de cette jeunesse qu’il
craint tant, il a dénoncé ceux qui « manipulent » les
lycéens pendant qu’Hortefeux envoyait ses policiers dans
certains établissements scolaires. De même, face à la
multiplication des grèves reconductibles, Copé tente le
chantage en déclarant que « chacun prenne la mesure du
désastre que pourraient constituer des grèves reconductibles
ou à caractère illimité ».
Mais rien n’y fait, pas même les
manœuvres gouvernementales au Sénat. Après avoir rédigé
directement les amendements concernant les femmes ayant
élevé trois enfants, l’Elysée a même précipité les votes sur
les 62 ans et les 67 ans juste avant la manifestation du 12,
comptant que cette annonce jouerait sur le moral des
manifestants. Fillon y est même allé de son couplet : « En
démocratie, la voix de ceux qui manifestent et qui font
grève doit être respectée. Mais, en démocratie, la voix du
Parlement doit aussi être respectée » !
Tout cela n’a fait que révéler
encore davantage la mascarade parlementaire et le rôle de
godillot de ces sénateurs soi-disant « indépendants »... La
vraie démocratie, c’est bien celle de la rue, celle du
nombre, celle des manifestants et des grévistes jeunes et
moins jeunes qui luttent face à ce gouvernement au service
d’une infime minorité de riches.
Affichant son mépris des
manifestants, Sarkozy a voulu faire de cette contre-réforme
le premier mauvais coup de son plan d’austérité, avant de
passer à la branche santé de la Sécurité sociale ou aux 35
heures. Espérant, comme en 2003, un mouvement où les
manifestations même nombreuses resteraient cantonnées à des
journées d’action qui reflueraient tôt ou tard, Sarkozy a
voulu lui-même l’affrontement pour avoir le terrain libre.
Il a voulu mettre les syndicats à genou après les avoir pris
au piège du dialogue social. C’était compter sans les
travailleurs et la jeunesse. Le voilà pris à son propre
piège, face une radicalisation de l’opinion en réponse à sa
propre politique.
Comme le déclare un conseiller
patronal : « à force de dire qu’il ne cédera pas, le
gouvernement a créé une situation très difficile pour les
syndicats. Ils ont fini par avoir l’opinion avec eux et sont
maintenant dans une situation qui les accule à se
radicaliser, alors que ce n’était souhaité ni par la CGT ni
par la CFDT. Le plus gros danger, ce n’est pas que les
fédérations syndicales les plus dures appellent à la
radicalisation, mais que le degré de colère de l’opinion
pousse les états-majors syndicaux à aller sur cette pente
dangereuse ».
Sarkozy a voulu l’affrontement
mais il l’a d’une certaine façon d’ores et déjà perdu. Même
s’il réussissait à faire passer sa réforme, ce ne serait que
partie remise tant la légitimité du gouvernement, du
Parlement, du Sénat est contestée largement par les
manifestants. Comme le décrit un journaliste de Mediapart :
« par la volonté de passer en force qui est la marque de sa
contre-réforme des retraites, Nicolas Sarkozy a réhabilité à
sa façon la lutte des classes ».
L’entrée de la jeunesse dans la
lutte est de ce point de vue un renfort très important pour
le mouvement et en même temps un gage pour l’avenir. C’est
toute la politique du pouvoir visant à faire payer à la
population la crise de leur propre système qu’elle conteste
largement dans la rue, refusant de se plier aux chantages du
gouvernement, consciente que son avenir dépendra de ses
propres luttes.
Amplifier le
mouvement vers la grève générale
L’intervention de la
jeunesse politise de fait le mouvement. D’emblée, elle
dénonce la contre-réforme Woerth-Sarkozy qui aggravera
encore le chômage des jeunes et leur précarité. Elle se bat
contre cette société du fric, ce capitalisme qui n’est
porteur que de régressions sociales pour les opprimés…
pendant qu’un rapport vient d’annoncer que la France se
classe au 3ème rang mondial pour ses millionnaires et que
0,5 % des riches détiennent 35,6 % des richesses mondiales.
Alors que les directions des
grandes confédérations syndicales se refusaient à avancer le
retrait de la loi, en fixant cet objectif politique au
mouvement de faire céder Sarkozy, la jeunesse, elle,
n’hésite pas à le réclamer. Comme l’a déclaré un conseiller
de l’Elysée : « On est désormais dans une manifestation
politique. (...) Avant il y avait des revendications, sur
les femmes, les carrières longues. Maintenant, il n'y en a
plus : c'est le retrait du texte ou rien ».
Le développement des grèves
reconductibles va lui aussi dans le même sens, en fixant
comme but non pas des amendements à la marge de la loi mais
le retrait du projet, une réelle défaite du pouvoir. Pour
qu’il se généralise, il faut assumer cette dimension
politique du mouvement, le structurer à la base, l’organiser
démocratiquement.
Dans les manifestations, des
cortèges intersyndicaux d’entreprise, dépassant les
rivalités de boutique, sont plus nombreux. Des collectifs,
des cadres interprofessionnels autour d’Unions Locales ou de
grosses entreprises se mettent en place pour regrouper les
équipes militantes qui veulent prendre des initiatives,
appeler à des blocages, etc.
Le mouvement s’organise à la
base pour se renforcer, ce qui signifie la démocratie la
plus large pour décider des actions, les mettre en œuvre en
dépassant les rivalités d’appareils. Cela signifie aussi de
formuler par en bas les objectifs de la lutte, imposer le
retrait de cette loi par les méthodes de la lutte de classe.
Aux travers de ces initiatives,
il s’agit d’entraîner de nouvelles catégories de
travailleurs dans la lutte. Approfondir, élargir pour faire
des manifestations de samedi 16 octobre une déferlante pour,
dés lundi, s’avancer vers la grève générale en utilisant la
journée de grève du 19 octobre.
Le rassemblement du monde du
travail contre les puissances de l’argent pour faire valoir
ses droits est en marche. Tous ensemble, grève générale !
Laurent
Delage