Après le congrès du NPA se donner les moyens de surmonter les doutes et la crise
Au sortir du premier congrès
du NPA, la grande majorité des délégué-e-s garde un goût
d’amertume, un profond sentiment de révolte devant tant de
gâchis, de paralysie et beaucoup s’interrogent sur l’avenir.
Ce qui aurait pu être l’occasion de donner une orientation au
NPA à la hauteur des responsabilités qui sont les nôtres, a
laissé place à un climat délétère, propice aux surenchères des
partisans du « front social et politique » avec le Front de
gauche, à la démagogie anti-électoraliste ou au
révolutionnarisme de la phrase.
Illustration des faiblesses du
parti, les débats sur laïcité, féminisme, religion ont été un
des moments des plus difficiles qui mit en minorité la
position majoritaire dans les congrès locaux !
Autre chose était possible,
attendue par la grande majorité des militants. La première
phase des discussions dans les congrès locaux avait permis aux
différentes compréhensions que les uns et les autres nous
avions du processus de construction du NPA, de son bilan après
deux ans de travail militant riches et denses de se définir,
de se confronter, de se connaître, de mesurer leur influence.
Cette première phase était indispensable, construire une plus
grande cohésion de notre parti nécessitait la formulation et
la confrontation de ces différentes appréciations. Après la
démarche au consensus du congrès fondateur, ce premier congrès
devait être un moment de confrontation, point de départ pour
réaffirmer ensemble ce qui nous unit dans la clarté des points
en débats. Cela était possible, les bases politiques en
existaient mais fallait-il encore le vouloir. Ni la position 2
ni la 3 ne le voulaient, pas plus que le noyau dirigeant de la
position 1. La logique du parlementarisme de tendance l’a
emporté, encouragée par la paralysie de la direction.
Aujourd’hui il s’agit d’essayer de dégager les raisons
politiques d’un échec pour se donner les moyens de le
surmonter.
Des
départs qui indiquent les lignes de rupture
A l’issue du congrès, 7
camarades ont décidé de rendre public leur départ du NPA.
Oh, bien sûr, pas devant le congrès alors que leur décision
était prise bien avant. Une telle annonce aurait nui à leurs
amis politiques qui restent dans le NPA, la position 3,
partisane d’un « front social et politique » avec le Front de
gauche. Ces départs, qui viennent après et dans la continuité
de celui de Christian Picquet et de ses amis (aujourd’hui la
Gauche Unitaire) lors du congrès fondateur, obéissent à la
même logique. La seule forme que peut prendre ce front est un
ralliement au Front de gauche que la grande majorité du parti
a rejeté car contraire au projet même du NPA.
Dans
leur déclaration, les démissionnaires écrivent : « Au
regard des échéances sociales et politiques présentes et à
venir, la priorité pour nous est désormais de participer à
tous les actes concrets qui rapprochent de la constitution
d’un front social et politique de la gauche antilibérale et
anticapitaliste, qui fasse pièce à la droite sarkozyste
comme à la montée de l’extrême droite, et propose une
alternative crédible au social-libéralisme.
Le
Front de Gauche peut être un premier pas dans ce sens, en
passant à une nouvelle étape de son développement, en
s’ouvrant à d’autres forces politiques, en se transformant
pour accueillir dans des collectifs toutes celles et ceux
qui veulent les rejoindre sans nécessairement adhérer à
l’une des organisations et ne pas se réduire à un cartel de
sommet... » Pour conclure : « L’orientation
majoritaire du NPA tourne le dos à cette perspective».
Oui, et c’est un des points les plus positifs du congrès,
l’orientation défendue par les démissionnaires et la position
3 est minoritaire, elle l’est encore plus après le congrès. La
politique même du Front de gauche, la candidature de Mélenchon
soutenue par la direction du PC, sa volonté de rassemblement
avec le PS, avait vidé la perspective d’un front social et
politique de tout contenu sauf de… rallier le Front de gauche.
Cette clarification du congrès souligne l’irresponsabilité des
camarades de la position 2 qui ont pris prétexte des
hésitations d’une partie des camarades de la position 1 pour
justifier leur choix d’affirmer leur tendance plutôt que de
travailler au regroupement nécessaire de la majorité des
camarades qui veulent préserver la pleine indépendance
politique du NPA par rapport aux antilibéraux. La position 2
n’a pas assumé les responsabilités de direction qui lui
revenaient. Un choix poussé jusqu’à la caricature avec son
refus de s’inscrire dans le projet d’appel de la position 1
qui actait pourtant l’impossibilité d’une alliance avec les
antilibéraux dans la perspective de 2012 et la nécessité d’une
candidature anticapitaliste, les délégués de la position 2
préférant rédiger leur propre appel qui omettait curieusement
de souligner l’impossibilité d’une alliance électorale avec le
Front de Gauche !
Il
est vrai que la difficulté de la position 1 à assumer ses
propres textes, notre indépendance avec la gauche
antilibérale, ne facilitait pas les choses. Faiblesse qui
s’est traduite notamment de la part d’une série de camarades
de la position 1 par la défense d’une hypothétique et
improbable candidature unitaire issue du mouvement social pour
2012, perspective absente des textes et sans le moindre
fondement concret mais qui ouvrait de fait la porte à une
démarche en direction du Front de Gauche…
Une
solide conviction commune : la validité de notre projet,
sa nécessité.
Un rassemblement du parti pour
faire vivre une perspective indépendante de la gauche
antilibérale était possible. A l’opposé des camarades
démissionnaires, la grande majorité des camarades est
convaincue que le projet du NPA répond à un besoin profond,
construire un nouveau parti qui porte les exigences du monde
du travail et de la jeunesse et œuvre à répondre à la crise du
mouvement ouvrier, qui offre une perspective globale,
politique face à l’impasse de la gauche libérale, aux
contradictions des antilibéraux. Relever le défi ne va pas
sans difficultés, fonder un nouveau parti en rupture avec les
partis institutionnels, avec l’ordre existant n’est pas un
long fleuve tranquille mais exige un travail militant en
profondeur, connaît des hauts, des bas. Il n’est pas non plus
indépendant de la situation sociale et politique, des
pressions que la crise exerce sur le monde du travail.
Il était possible, une fois
les divergences ou les différences de compréhension formulées,
exprimées, enregistrées dans les votes de nous regrouper. Il
était possible de laisser les questions posées ouvertes comme
nous l’avions fait lors du congrès fondateur pour œuvrer
ensemble à relancer le processus sans pour autant taire les
divergences. Les rapports d’influence entre chaque tendance
étaient acquis, mesurés, mais force est de constater que nous
étions peu nombreux à le vouloir y compris au sein de la
position 1. Cet échec exprime l’incapacité à assumer le
processus dans ses contradictions, vieux réflexe gauchiste qui
croit à la vertu du verbe, mais parfois un pas en avant vaut
mieux que dix programmes ou, en l’occurrence, que quelques
formules ! Surmonter cette incapacité n’est pas une simple
question de bonne volonté, cela suppose une claire
compréhension du processus lui-même, de son originalité et de
ce qui fait sa force, sa capacité à exprimer la révolte, les
espoirs, les exigences du monde du travail et de la jeunesse
en rupture avec la gauche libérale et en toute indépendance de
la gauche antilibérale.
L’attention, la sympathie que
suscite notre projet dans le mouvement anticapitaliste
européen et international dont atteste l’importance de la
délégation internationale présente au congrès est une
illustration de la portée de notre projet, regrouper les
forces issues de la période antérieure pour mieux affronter la
nouvelle période ouverte, dépasser les divergences et
histoires différentes pour construire un cadre collectif,
démocratique, militant, étape incontournable vers la
construction de véritables partis révolutionnaires de masse.
Faut-il encore respecter les rythmes, assumer le projet, ne
pas croire à la vertu des formules magiques, avoir la force et
la capacité de faire des compromis en toute transparence.
Construire
notre parti, c’est aussi se définir par rapport aux
antilibéraux.
Il n’est pas possible de
construire notre parti si nous n’avons pas une vision claire
de sa place et de son rôle en opposition aux antilibéraux,
c'est-à-dire des raisons qui rendent nécessaire le
regroupement des anticapitalistes. On ne peut défendre l’idée
d’un regroupement politique permanent des antilibéraux et des
anticapitalistes et mettre en œuvre une politique de
construction d’un parti… anticapitaliste. Cela est vrai du
point de vue de l’agitation et de la propagande générale, mais
cela est aussi vrai dans les questions militantes
quotidiennes. On l’a bien vu lors du mouvement de cet automne,
le Front de gauche s’alignant sur Thibault et Chérèque, aux
directions syndicales la direction des luttes, aux partis
politiques la lutte parlementaire et les combinaisons
gouvernementales ! Il y a là une des divergences les plus
importantes entre nous et les antilibéraux car elle a des
implications pratiques, militantes quotidiennes dans un
domaine pour nous essentiel, notre implantation politique dans
les entreprises.
Le rôle de notre parti est de
définir, de contribuer à mettre en œuvre une politique pour
les mobilisations et les luttes, politique qui vise à chaque
étape à faire vivre une démocratie directe contre les routines
d’appareil, la prise en main de la défense de leurs intérêts
par les intéressés eux-mêmes en rupture avec la politique du
dialogue social.
Cette divergence renvoie à la
question du pouvoir, du gouvernement. Les antilibéraux visent
à améliorer les choses pour sortir progressivement du
capitalisme dans le cadre des institutions en cherchant à
construire une majorité parlementaire et gouvernementale.
Notre politique vise à préparer l’affrontement avec le pouvoir
dans l’objectif de la conquête de la démocratie par les
travailleurs eux-mêmes, des moyens de contrôler la marche de
la société, de la diriger.
Au sein du NPA, cette question
est embrouillée par une compréhension mécanique, métaphysique
de la révolution développée par les camarades de la 2, la
révolution comprise non comme un processus, la révolution en
permanence, mais comme « le renversement du capitalisme »,
formule absolue dont on oublie de préciser le contenu. En
réponse, les camarades de la 3 cherchent à retomber sur terre
en ne voyant pas plus loin que l’alliance avec les
antilibéraux, être concrets pour eux, c’est revenir sur le
terrain institutionnel ! Les limites des deux politiques se
nourrissent l’une l’autre alors qu'une partie de la position 1
n’osait pas défendre le contenu de ses propres textes visant à
définir une politique pour notre parti, sans préjugés ni
tabous, en tant que parti des luttes de classe, parti pour la
transformation révolutionnaire de la société.
Notre jeune parti traverse une
crise d’adolescence, il lui faut assumer qui il est, parler sa
voix, agir en accord avec lui-même au lieu de sombrer dans la
dépendance paralysante vis-à-vis des antilibéraux ou
l’exaltation de la phrase révolutionnaire.
Les
convergences qui étaient possibles et nécessaires
Il est d’ailleurs étonnant
qu’il ait été possible d’aboutir à une déclaration commune de
solidarité internationale avec les révolutions dans le monde
arabe sans pouvoir aller plus loin au sujet de nos propres
tâches et perspectives ! Les éléments de convergences
existaient pourtant bel et bien.
Affirmer la solidarité
internationale comme lutte contre notre propre impérialisme,
défendre l’actualité de la révolution à la lumière de la
révolte des peuples du monde arabe, le rôle du monde du
travail, de la jeunesse dans les processus révolutionnaires
engagés, dans la lutte pour la démocratie, le pain, le
travail, la liberté, le socialisme sont autant de points qui
nous unissent. Nous sommes tous d’accord pour inscrire ces
révolutions dans la crise globale de la mondialisation
capitaliste, libérale et impérialiste, pour construire le lien
entre le mouvement de l’automne, la révolte des travailleurs
de la vieille Europe. Oui, les révolutions du monde arabe, la
révolte des travailleurs et de la jeunesse grecs, le mouvement
de l’automne participent du même processus et sont autant de
signes avant coureurs des luttes à venir à travers lesquelles
se posera la question de la transformation révolutionnaire de
la société.
Nous sommes tous d’accord pour
œuvrer à un mouvement d’ensemble pour refuser de payer les
frais de leur crise et défendre les exigences du monde du
travail et de la jeunesse en posant la question du pouvoir, du
contrôle de la population. A l’alternance dans le cadre des
institutions, nous opposons une alternative anticapitaliste,
celle d’un gouvernement démocratique des travailleurs. Nous
voulons toutes et tous agir pour le regroupement des
anticapitalistes et porter ce programme, le discuter partout y
compris dans les échéances électorales en étant convaincus que
Jean-Luc Mélenchon ne saurait être le porte-parole du
mouvement de l’automne dernier ni des aspirations et des
exigences que cette mobilisation exprimait.
Cela aurait pu, dû nous
rassembler pour relancer la dynamique du NPA au lieu de nous
paralyser dans des affrontements.
Le
socialisme aujourd’hui ou la continuité du matérialisme
militant
La difficulté de notre parti à
parler sa propre voix s’est illustrée de façon
particulièrement confuse tant dans les congrès locaux qu’au
niveau du congrès national dans la discussion sur la laïcité,
le féminisme et la religion. L’incapacité à assumer notre
propre réalité s’est manifestée dans un moralisme dit
antiraciste, une culpabilité hors de propos, qui conduit à
l’opportunisme à l’encontre des préjugés des opprimés.
Pourtant y compris sur cette
question des acquis s’étaient dégagés : le refus de lier
l’intervention dans les quartiers populaires à une attitude
opportuniste vis-à-vis de la religion, l’affirmation du
principe de laïcité, la défense du féminisme, le refus de
l’indifférence vis-à-vis des religions, l’acceptation que des
personnes ayant des croyances religieuses puissent militer au
sein du NPA. Même si la question de savoir si un ou une
militante portant un signe ostentatoire religieux puisse
représenter le parti nous divisait, l’opposition à cette
possibilité avait été majoritaire. Mais les manœuvres, le
manque de respect de la démocratie ont abouti à un vote au
congrès contraire à celui des congrès locaux. Cela est
d’autant plus aberrant que la question est en réalité tout à
fait marginale. Elle a été instrumentalisée depuis le début au
moment des régionales de façon antidémocratique, imposée au
parti par un coup de force semant le désarroi au nom
d’arguments moralistes, apolitiques faisant appel à
l’antiracisme dans la confusion totale face à une direction
tétanisée n’osant rien décider ni affronter. La solidarité de
parti n’a alors été invoquée que pour faire taire celles et
ceux qui dénonçaient le coup de force. Et au final, les
principaux acteurs ont quitté le NPA.
Notre parti doit être capable
d’avoir une attitude démocratique vis-à-vis des travailleurs,
des opprimés tout en défendant sans concessions ses propres
principes. Construire sa personnalité anticapitaliste,
démocratique et révolutionnaire, c’est définir notre
compréhension du socialisme, reconstruire son actualité, notre
lien avec l’histoire des luttes d’émancipation, leur contenu.
Poursuivre
le débat, agir ensemble, reprendre l’offensive
Ce congrès n’a pas permis que
nous nous rassemblions sur l’essentiel qui nous réunit tout en
acceptant l’indispensable démocratie qui ne saurait être que
formelle mais qui implique la gestion de pratiques différentes
pour ensemble relancer la dynamique du NPA.
Malgré cet échec celle-ci est
loin d’être épuisée contrairement à ce que l’on peut lire à
droite et à gauche… Il ne s’agit pas de gommer les divergences
qui se sont formalisées mais de définir le cadre qui nous
mette en position d’affronter les épreuves à venir. C’est ce
que la position 1 a voulu porter dans la première phase du
congrès sans avoir la force d’aller jusqu’au bout. Ce que le
congrès n’a ni su ni pu faire, il n’est pas trop tard pour le
faire dans les comités comme au niveau de l’ensemble du parti.
Chacun est devant un choix, ou pratiquer la fuite en avant,
approfondir les clivages, attiser les conflits, flatter les
problèmes de personnes, classique dérivatif pour ceux qui
craignent la démocratie, ou tirer les leçons d’un échec,
assumer pleinement nos responsabilités à chaque niveau devant
l’ensemble des militants de notre parti et toutes celles et
ceux qui espèrent encore dans le NPA.
Cela veut dire dégager dans
les comités, démocratiquement, ce qui nous rassemble tout en
continuant les discussions à la lumière des expériences et de
la pratique militantes quotidiennes. Chaque courant aura à
cœur de démontrer l’efficacité, la pertinence, l’apport de ses
idées plutôt que d’accuser les autres d’être responsables de
ses propres difficultés. Il est sain et utile qu’existe une
émulation militante, il faut l’encourager, elle suppose que
tout le monde assume ses responsabilités.
Voilà le défi qu’il nous faut
relever, il est au cœur de notre projet, faire vivre ensemble
le processus de regroupement des anticapitalistes.
Certains ont exprimé le regret
que le parti ne marche pas comme un seul homme, mais une telle
critique ne correspond pas à la réalité de notre parti, à
notre volonté de rassembler des expériences différentes,
c'est-à-dire d’être capable d’accepter des politiques
différentes, et que la direction soit elle-même capable de
préserver la cohésion du parti à travers les crises.
Chacun aura à cœur de donner
un contenu pratique et militant aux divergences qui se sont
exprimées durant le congrès, personne n’en doute, mais cette
saine émulation militante ne peut être féconde que si notre
parti se regroupe.
Nous ne pourrons élargir notre
influence, recruter, nous implanter politiquement dans les
entreprises, gagner une nouvelle génération militante dans la
jeunesse, renforcer, structurer notre parti, que si nous
sommes capables de dépasser nos divergences, sans les taire,
autour des axes fondamentaux qui nous rassemblent.
L’étape qui s’ouvre au
lendemain du congrès ne sera féconde que si chacune et chacun
s’emparent du débat, intervient. La situation exige un
sursaut, l’avenir dépend de notre capacité collective à
assumer notre parti avec ses contradictions, pour développer
toutes les potentialités dont il est porteur.
Raymond
Adams, Yvan Lemaitre