Assumer et affirmer le projet du NPA
Dans
une tribune publiée dans l’Humanité le 8 mars, 6
camarades expliquent les raisons de leur démission du
parti : « Juste après son premier congrès, il semble bien
que l’heure des comptes a sonné pour le NPA. Le constat
qui s’impose de plus en plus largement est celui de
l’échec sans appel du projet fondateur »,
écrivent-ils. « Le NPA a échoué à rassembler les
anticapitalistes pour devenir l’élément moteur d’une
alternative à gauche du PS » continuent ces camarades
justifiant leur ralliement au Front de Gauche pour « bousculer
les rapports de forces à gauche, ébranler la domination du
PS en son sein ».
Cette
prise de position pose un réel problème quant à la
compréhension du projet du NPA qu’avaient celles et ceux qui
s’y sont engagés, compréhension de toute évidence
différente. Et sans aucun doute une des tâches urgentes que
les militantes et les militants du NPA ont devant eux est de
clarifier les choses, de lever les ambiguïtés, d’une
certaine façon de redéfinir notre parti, de le refonder.
Notre projet vise à regrouper les anticapitalistes et les
révolutionnaires pour jeter les bases d’une réorganisation
par en bas du mouvement ouvrier, loin des combinaisons
d’appareils et des impasses institutionnelles. Notre horizon
n’a jamais été celui de « bousculer les rapports de
forces à gauche ». Le sort des classes populaires ne
dépend pas des rapports de forces parlementaires tant
ceux-ci ne recoupent plus, depuis longtemps déjà, des
intérêts sociaux opposés mais de la capacité à s’organiser,
à regrouper ses forces autour d’un programme de classe, de
défense des intérêts des salariés pour préparer
l’affrontement avec les classes possédantes dans la
perspective d’une rupture révolutionnaire, d’une société
socialiste.
A l’origine du NPA : surmonter
la crise du mouvement ouvrier face à la crise du
capitalisme
Le
NPA est né il y a un peu plus de deux ans d’une politique
volontariste pour répondre à la faillite des partis de
gauche, à leur incapacité à répondre aux aspirations des
travailleurs. Il est né d’un choix politique et de l’analyse
d’une période qui permettait d’en jeter les bases.
La
question d’un nouveau parti des travailleurs n’était pas
nouvelle : elle était posée dès 1995, non pas en termes
généraux mais comme une nécessité et une possibilité
concrète permises par l’évolution de la situation politique
et sociale.
L’effondrement
du stalinisme, l’adaptation de la gauche gouvernementale à
l’offensive libérale née de la mondialisation capitaliste,
le décrochage des classes populaires avec les partis de
gauche, le renouveau des luttes, étaient autant d’éléments
qui créaient une situation nouvelle. Le vote qui s’était
porté sur la candidature d’Arlette Laguiller lors de
l’élection présidentielle de 1995 était le signe que la
construction d’un nouveau parti capable de fixer des
objectifs aux luttes pour changer le rapport de force
pouvait être un objectif politique et militant immédiat.
Malheureusement, Lutte Ouvrière, après avoir lancé un appel
en ce sens, choisissait de renoncer à ce projet et
s’enfermait dans une logique sectaire d’auto-affirmation. Ce
qui aurait pu être une démarche en direction des militants
du PC, des travailleurs du rang, de la jeunesse, des autres
organisations d’extrême gauche se solda en fin de compte par
la seule perspective d’une auto construction de
l’organisation dans un splendide isolement.
Deux
ans après le mouvement de novembre décembre 95, le retour de
la gauche aux affaires en 97 sous la bannière de la gauche
plurielle, le PS flanqué des Verts et du PC, approfondissait
le rejet d’une fraction croissante de salariés vis-à-vis des
partis de la gauche gouvernementale avec le résultat que
l’on sait : l’effondrement du PC, la défaite du PS et le
duel Chirac-Le Pen du second tour de la présidentielle de
2002.
Ensemble,
Arlette Laguiller et Olivier Besancenot totalisaient alors
près de 10 % des voix et plus de 2,8 millions de voix,
confirmant la vitalité et la permanence d’un vote
significatif pour des candidats anticapitalistes.
En
2007, résistant à la logique institutionnelle du prétendu
vote utile, deux millions d'électeurs votaient à nouveau
pour Olivier Besancenot et Arlette Laguiller pour faire
entendre dans l'élection le renouveau des luttes, notamment
celles de 2003 sur les retraites et la victoire de la
jeunesse contre le CPE en 2006, sans oublier la gifle
politique envoyée aux libéraux de gauche et de droite à
l’occasion du référendum du 29 mai 2005.
C’est
bien la capacité à exprimer la révolte et la colère du monde
du travail, la pleine indépendance de la gauche
anticapitaliste et révolutionnaire, non seulement vis-à-vis
des sociaux-libéraux mais aussi vis-à-vis du renoncement et
de la capitulation des forces antilibérales discréditées par
leur participation gouvernementale passée, qui a permis
l’affirmation de ce courant anticapitaliste dans la jeunesse
et le monde du travail.
Se
posait alors la nécessité de prendre une nouvelle initiative
pour organiser ce courant de sympathie, jeter les bases d’un
nouveau parti non pas dans l’optique d’une impossible
recomposition de la gauche de la gauche alliant
anticapitalistes et antilibéraux, autour d’un parti
« large » et « non délimité » (projet qui avait été celui de
la LCR au début des années 90), mais en nous adressant à
tous les militants, non-organisés, équipes syndicales
combatives, jeunes, pour construire ensemble un outil pour
la lutte des classes et la rupture avec le capitalisme,
indépendant de la gauche gouvernementale et des
institutions. Un projet qui s’articule autour d’un plan
d’urgence social et démocratique défini dans le cadre d’une
démarche transitoire posant la question du pouvoir politique
et économique, la perspective d’un gouvernement des
travailleurs pour remettre en cause le pouvoir de la
propriété privée.
C’est
cette démarche, loin des recompositions au sommet, loin
aussi de toute auto-construction sectaire qui était au cœur
de la démarche initiée par la LCR pour fonder le NPA, pour
redéployer le mouvement ouvrier sur des bases démocratiques
et révolutionnaires.
Après l’échec du 1er
congrès, réarmer le parti
Force
est de constater que plus de deux ans après sa fondation, le
contraste est saisissant entre les difficultés que nous
traversons et les bouleversements en cours, l’exacerbation
des affrontements de classe, la vague révolutionnaire
commencée en Tunisie, l’accélération des changements de
rapports de force provoqués par la crise qui mettent plus
que jamais à l’ordre du jour la défense résolue d’un plan de
rupture anticapitaliste. La crise qu’a révélée le premier
congrès du NPA, les difficultés de sa direction à formuler
une politique et prendre les initiatives à la mesure de la
situation politique et sociale, oblige, au-delà des doutes,
des interrogations, voire des inquiétudes sur l’avenir même
du parti que ressentent de nombreux camarades, à faire un
indispensable point d’étape pour analyser, débattre, trouver
ensemble les moyens de la surmonter pour aller de l’avant.
Nos
difficultés renvoient certes à celles que connaît le
mouvement ouvrier dans son ensemble, au rapport de force
dégradé, à l’échec et aux limites des luttes qui ne trouvent
pour le moment pas les ressources pour porter directement
une perspective politique de rupture et de contestation
globale indépendante des institutions et de l’impasse de
l’alternance au service des classes possédantes qui se
dessine pour 2012. Il
ne s’agit pas de nier ces facteurs mais nos difficultés
renvoient également à nos propres faiblesses, nos
hésitations à assumer notre propre identité politique, à
aller au bout du défi audacieux que nous avions relevé en
fondant le NPA. D’une certaine façon les deux questions sont
liées. Refonder le NPA, c’est refonder un projet politique,
un programme dont les principes fondateurs n’étaient qu’une
ébauche, une indication, une feuille de route. La crise du
mouvement ouvrier est liée à son abandon d’une politique
fondée sur l’indépendance de classe et une perspective de
transformation démocratique et révolutionnaire de la
société. Contribuer à la renaissance du mouvement ouvrier
passe en conséquence inévitablement par l’écriture, la mise
en forme de cette politique dans le contexte radicalement
nouveau du monde aujourd’hui. Cette écriture participe de la
construction même du NPA.
L’accélération de la crise
économique, aboutissement de l’offensive libérale qui a
suivi l’effondrement du mur de Berlin et la chute de l’URSS,
l’impasse de plus en plus manifeste que constitue le système
capitaliste, le caractère entièrement parasitaire de la
perpétuation de la domination des classes possédantes, les
ravages écologiques, sociaux qu’elle induit, soulignent
pourtant la validité et l’actualité brûlante de notre
projet : celui d’un parti pour offrir la seule solution à la
hauteur de la crise capitaliste, la rupture avec le système
lui-même. Réarmer le parti, c’est saisir, approfondir,
s’emparer pleinement de ce que nous écrivions dans nos
textes fondateurs : « La logique du système invalide les
prétentions de le moraliser, de le réguler ou de le
réformer, de l'humaniser, qu’elles soient sincères ou
hypocrites. La logique du système contribue par là même à
créer les conditions de son renversement, d’une
transformation révolutionnaire de la société, en
démontrant quotidiennement à quel point il est vrai que le
bien-être, la démocratie, la paix sont incompatibles avec
la propriété privée des grands moyens de production. »
L’idée
à la base de notre projet est qu’il n’y a pas d’issue à la
régression sociale, démocratique, écologique dans laquelle
la politique des classes dominantes plonge le monde, en
dehors de l’intervention directe des travailleurs et de la
population. Il n’y a pas de sortie de crise sans
transformation du rapport de force entre les classes. « C’est
par le développement et la généralisation des luttes, des
grèves généralisées et prolongées que l’on peut bloquer
les attaques, imposer des revendications. C’est le rapport
de forces issu de la mobilisation qui peut permettre la
mise en place d’un gouvernement qui imposera des mesures
radicales en rupture avec le système et engage une
transformation révolutionnaire de la société »
écrivions-nous lors du congrès fondateur.
L’antilibéralisme n’est
pas soluble dans l’anticapitalisme
La
perspective d’un changement par la voie électorale incarnée
par le Front de Gauche ne peut être la nôtre. Les alliances
sur le terrain électoral avec les forces antibérales, à
l’occasion des dernières élections régionales et des
cantonales aujourd’hui, non seulement brouillent notre image
mais nous empêchent d’assumer pleinement notre projet. Il ne
s’agit pas d’écarter par avance toute alliance y compris sur
le terrain électoral mais à condition qu’elle se fasse sur
une base claire, une commune volonté de porter les exigences
du monde du travail face à la politique des classes
dominantes. De ce point de vue, notre parti a manqué et
manque de fermeté. Le réarmer implique de clarifier nos
rapports avec la gauche antilibérale et notre stratégie. Les
échéances électorales de 2012 nous y obligent.
Si
notre premier congrès a montré que la perspective d’un front
social et politique permanent avec le Front de Gauche est
minoritaire dans le parti, la majorité qui rejetait cette
perspective n’a pas réussi à se rassembler, à formuler une
politique pour préserver la pleine indépendance du NPA par
rapport aux antilibéraux. Au moment où la vie politique se
polarise une fois de plus autour des échéances électorales,
celles de 2012, que le Front National montre qu’il parvient
à capter et à dévoyer la colère des exclus sur le terrain
populiste et raciste, il est vital pour notre camp social de
parler notre propre voix face au jeu truqué de l’alternance
institutionnelle au service des classes possédantes qui
nourrit l’extrême-droite.
Nous
devons avoir une politique en direction des partis de la
gauche antilibérale dont nous côtoyons les militants dans
les mobilisations sociales, mais le point de départ de cette
politique ne peut être qu’une entière indépendance par
rapport à la politique de leurs directions, faute de quoi ce
sont eux qui pourraient nous entraîner sur une orientation
et une stratégie qui ne sont pas les nôtres.
Déjà
les discussions avec les forces antilibérales (collectifs
Bové, PCF, etc.) autour de l’élection de 2007 avaient montré
l’impossibilité de s’allier à ces courants tout en restant
indépendant du PS.
Aujourd’hui
comme hier, l’horizon des antilibéraux se limite à gouverner
« à gauche » dans la perspective d’une majorité
gouvernementale avec le PS. Ils le disent, ils l'écrivent et
veulent en convaincre leurs propres militants et électeurs :
« Ne laissons pas croire qu’il y aurait à gauche, d’un
côté un chevalier blanc (le Front de gauche) porteur de
toutes les vertus et de la pureté révolutionnaire, et de
l’autre un chevalier noir (le Parti Socialiste et ses
alliés) affublé de tous les maux et vendu au capitalisme.
Ce qui importe, c’est d’emmener toute la cavalerie dans la
bonne direction » écrit Chassaigne dans une lettre
envoyée aux militants du PC pour promouvoir sa candidature
face à celle de Mélenchon. Certes, ce dernier de son côté ne
cesse de dire qu’il ne veut pas de Strauss Kahn, qu’il n’ira
pas au gouvernement avec les socialistes. Certes, mais cette
hypothèse ne dépend pas de son seul choix et sauf rapport de
force radicalement changé, il est peu probable que le PS
veuille de lui. Alors autant dire non avant d’être éconduit.
Par contre, la politique du PC est sur cette question assez
claire.
Mais
le fond n’est pas là. Que la gauche antilibérale participe
ou pas à une coalition de gauche comme dans le passé, cette
fois sous la houlette probable de l’actuel directeur du FMI,
une chose est sûre : le développement de la crise, et
particulièrement la question de la dette qui accentue la
pression des marchés sur la politique de tous les
gouvernements, fixe par avance le cadre dans lequel
s’inscrira la politique menée par un futur gouvernement
socialiste, ruine toutes les prétentions à gouverner à
gauche. Cette vérité s’imposera à tout gouvernement quels
que soient les rapports de force au sein de la gauche
institutionnelle, libérale ou partisane de la révolution
citoyenne.
Le
PS annonce d’ores et déjà la couleur en espérant que le
rejet massif de Sarkozy sera suffisant pour garantir son
retour aux affaires. Président de la commission des finances
de l’Assemblée nationale, proche de Dominique Strauss-Kahn
et député PS, Jérôme Cahuzac avertit : « Le gouvernement
actuel ferait la moitié de ce qu’il annoncé, que cela ne
suffirait pas à maîtriser nos dépenses. Et il faudra donc
demander aux Français un effort supplémentaire », « il
faudra une politique de rigueur » pour réduire les
déficits publics. Pas question donc de faire payer les
riches. Ce seront encore les travailleurs, les classes
populaires qui devront régler l’ardoise. Mais à voir la
politique d’austérité menée par les gouvernements
socialistes au Portugal, en Grèce ou en Espagne, sous les
injonctions des agences de notation et du FMI, qui pouvait
douter qu’il en serait autrement ?
Reconnaître
la légitimité de la dette de l’Etat alors que celle-ci est
le résultat de toute la politique libérale des gouvernements
passés, des baisses d’impôts pour les plus riches, pour les
entreprises, du sauvetage des banques qui affichent à
nouveau des profits mirobolants, c’est renoncer par avance à
répondre à l’urgence sociale, aux exigences des classes
populaires. Dire qu'il est possible de changer la vie dans
le cadre de la crise, sans rompre avec le capitalisme et ses
institutions, sans répudier la dette dont le seul paiement
des intérêts représente aujourd’hui le premier poste de
dépense de l’Etat, est une vue de l'esprit.
Dans
ce contexte, la politique de « rassemblement majoritaire »
mise en avant par le Front de Gauche, loin de « bousculer
les rapports de force à gauche » ou de gauchir la
politique du PS, est une impasse.
Dans les luttes et dans les
élections, une seule et même politique de classe pour
préparer l’affrontement
Il
n’y a pas de réponse institutionnelle ou électorale à la
situation à laquelle les classes populaires sont
confrontées. Il n’y a, du point de vue des anticapitalistes
et des révolutionnaires, aucun débouché politique en dehors
des mobilisations sur le terrain social, de la prise en main
de leurs luttes par les travailleurs eux-mêmes.
Notre
cohérence et l’impact que nous pouvons avoir résultent de
notre conviction que les luttes sont suffisantes et
nécessaires si, en leur sein, se dégage une volonté
politique de lier la question de la répartitiondes richesses
à la question du pouvoir politique et économique, à la
perspective d’un gouvernement des travailleurs.
Contre
l’alternance au service des classes possédantes qui se
dessine pour 2012, le texte « Nos réponses à la crise »,
adopté par le congrès, trace la ligne pour garder le cap de
nos principes fondateurs et de notre projet de rupture avec
le système capitaliste.
A
l’heure où les profits des grands groupes capitalistes
repartent de plus belle, il faut non seulement conforter la
légitimité du combat de tous ceux qui refusent de payer la
crise, exigent des salaires décents, refusent de perdre leur
emploi, s’opposent à la liquidation des services sociaux,
des services publics, au saccage de l’environnement,
refusent les plans d’austérité auxquels la dette publique
sert de prétexte, mais il faut aussi mettre en avant un
programme offensif qui réponde aux besoins vitaux des
classes populaires.
Un
programme qui part de mesures d’urgence pour faire face aux
conséquences de l’offensive patronale sur les conditions
d’existence des travailleurs (augmentation de 300 euros de
tous les salaires, SMIC à 1500 euros nets, interdiction des
licenciements, baisse du temps de travail jusqu’à résorption
du chômage…) et qui pose inévitablement la question de qui
décide, de qui contrôle dans la société.
Ce
sont ces exigences qu’il nous faut populariser largement
dans notre travail quotidien comme demain lors de l’échéance
présidentielle pour regrouper les forces de ceux qui ne
veulent rien lâcher, quel que soit le gouvernement qui
sortira des urnes.
Alors
que les révolutions au Maghreb et au Moyen-Orient se
poursuivent, s’approfondissent, que la vague de contestation
sociale contre les politiques d’austérité gagne jusqu’au
cœur des Etats-Unis, dans le Wisconsin, l’heure ne devrait
pas être au doute mais à remobiliser l’ensemble du parti
autour de ce qui fait la vitalité de notre projet : notre
capacité à faire entendre la voix des exploités, leurs
exigences, leurs intérêts, dans l’objectif d’un affrontement
avec le système qui aille jusqu’au bout.
Raymond
Adams