Contre Kadhafi et les grandes puissances, la lutte des peuples s’approfondit
Depuis
maintenant deux semaines, l’aviation et la marine de la
coalition constituée autour des USA, de la Grande Bretagne
et de la France bombardent les troupes de Kadhafi. Cette
intervention militaire marque une étape dans les
bouleversements qui se déroulent en Afrique du Nord et au
Proche Orient depuis le début de l’année. L’enthousiasme des
premiers pas de la révolution, qui avait renversé deux
dictateurs en quelques semaines malgré une répression qui
avait fait quelques centaines de morts, laisse place
maintenant à une certaine inquiétude devant la réalité des
rapports de force entre les classes, des rapports de force
entre les peuples et les grandes puissances.
L’intervention
militaire en Libye, alors que la contestation sociale et son
cortège de répression sanglante en Syrie, au Yémen, à
Bahreïn se poursuit, se veut un message donné à l’ensemble
des peuples de la région : les grandes puissances, en
l’occurrence le trio USA-GB-France, n’entendent pas renoncer
à leur domination et feront tout pour faire valoir leur loi,
celle du plus fort.
La
situation en Libye leur a donné l’occasion d’intervenir
militairement au cœur même de la révolution tout en se
donnant le beau rôle auprès d'opinions publiques pour qui la
révolte des peuples arabes fait écho à leur propre révolte.
Après avoir laissé Kadhafi reprendre l’initiative, la
coalition a pu travestir son intervention militaire en
« mesure humanitaire », soi-disant empêcher le dictateur
d’exécuter sa menace de noyer dans le sang la révolte de la
population de Benghazi encerclée par ses troupes.
Sarkozy
a trouvé le moyen de se faufiler au premier rang des
manœuvres diplomatiques qui ont conduit au vote de la
résolution de l’ONU qui a « autorisé » l’intervention. Il
comptait bien y gagner quelques « points de popularité »
et restaurer une « image de la France » quelque peu
écornée… Comme on pouvait s’y attendre, son « initiative
déterminée » a été approuvée immédiatement par la
quasi-totalité des partis parlementaires, à l’exception du
Parti communiste.
Mais
bien au-delà de ces cadres institutionnels, même parmi ceux
qui ne sont dupes ni des manœuvres politiciennes, ni des
raisons réelles de l’intervention de la coalition, certains
ne se sentent pas la légitimité de lui refuser leur soutien.
Les insurgés eux-mêmes, disent-ils, ont demandé cette
intervention. Et dans la mesure où tous ceux qui soutiennent
sincèrement les peuples arabes, militants anti-libéraux,
anticapitalistes, révolutionnaires, ne sont pas en mesure
d’apporter le moindre soutien concret aux insurgés, quelle
autre solution y aurait-il pour empêcher Kadhafi de
perpétrer un massacre ? Massacre qui, s’il avait eu lieu,
nous dit-on également, aurait signé la fin de la
« révolution » en cours…
Personne
n’est en mesure de dire aujourd’hui quel sera le bilan
« humanitaire » de l’intervention de l’OTAN sous mandat de
l’ONU, ni les dégâts qu’elle entraîne et entraînera mais il
serait aveugle deprendre pour argent comptant les
déclarations des grandes puissances. Leur intervention n’est
pas un simple épisode mais bien une étape dans leur
offensive pour reprendre en main la situation. Peut-être les
contradictions qui divisent les tenants de l’ordre mondial,
en l’occurrence Kadhafi et les grandes puissances,
pourront-elles profiter au processus révolutionnaire... Mais
cela n’est pas l’hypothèse la plus probable, et surtout cela
ne saurait en aucune façon justifier la moindre solidarité
avec notre propre impérialisme.
La
révolte des exploités ne pourra conquérir la liberté et la
démocratie, du pain et du travail, que contre toutes les
forces qui participent de la défense de cette société
libérale et impérialiste, de la dictature de la finance.
Kadhafi et sa dictature y sont totalement intégrés, ils
participent au nouvel ordre mondial. La solidarité des
travailleurs est toute entière aux côtés du peuple insurgé,
ils souhaitent tant la défaite de Kadhafi que celle des
grandes puissances devant la révolte des masses.
Les pays impérialistes à la
manœuvre…
Trente
années de mondialisation libérale ont accumulé les
conditions de la crise actuelle, crise globale, crise
politique qui trouve son expression la plus forte dans la
vague révolutionnaire qui traverse aujourd'hui le monde
arabe. Cette crise politique aigüe bouscule les pouvoirs en
place, renverse des dictateurs… Elle contraint
l'impérialisme à s'adapter mais ne l’a pas désarmé pour
autant. Elle met en évidence les enjeux, la violence de la
guerre de classe sans merci que livrent les puissances
libérales et impérialistes aux peuples et aux travailleurs
en lutte, tout comme elle exacerbe la concurrence qu’elles
se livrent.
C’est
à partir de ce point de vue qu’il faut juger la politique
des Etats-Unis, et dans leur sillage de la France et de la
Grande-Bretagne, depuis le déclenchement de la vague
révolutionnaire du Maghreb et du Proche orient.
Cette
politique semble être à géométrie variable : on intervient
militairement contre le dictateur libyen pour soi-disant
protéger des populations civiles, tout en s’alliant avec
l’Arabie Saoudite qui envoie des troupes réprimer dans le
sang les manifestations qui contestent le pouvoir au Bahreïn
et qui soutient le président du Yémen dans sa répression
contre le mouvement qui le pousse vers la sortie…
Elle
obéit en fait à une cohérence d’objectifs. Intervenir
militairement en Libye contre la dictature incontrôlable de
Kadhafi, c’est envoyer un signal de menace aux pouvoirs qui,
en Iran, en Syrie, en Algérie, maintiennent une
indépendance, s’opposent aux USA. Par contre, en soutenant
indirectement le royaume de Bahreïn, en s’alliant
ouvertement avec la royauté moyenâgeuse d’Arabie Saoudite,
les USA laissent entendre aux royautés du monde arabe, dont
celle du Maroc « amie de la France », qu’ils comptent sur
elles pour assurer la stabilité dans leurs pays et qu’ils
les soutiendra. Comme la France avait soutenu son « ami »
Ben Ali en Tunisie et les USA Moubarak en Égypte, du moins
jusqu’au moment où leur chute, sous la pression populaire,
était devenue inévitable…
Politique
à géométrie variable, mais qui suit les contours des
intérêts américains et leurs alliés dans la région : les
États-Unis, en Egypte, en Irak, indirectement en Israël ; la
France et la Grande Bretagne, anciennes puissances
coloniales qui ont imposé leur domination pendant des
dizaines d'années sur cette région du monde et y ont
maintenu de multiples réseaux de domination.
La
mondialisation libérale, en ouvrant le monde à la
concurrence internationale entre multinationales, avait déjà
contribué à remettre en cause les liens de vassalité
maintenus entre les anciennes colonies et les vieilles
puissances impérialistes après les luttes d’indépendance.
C'est le cas en particulier pour la « françafrique », dont
certains pays échappent peu à peu au contrôle du
gouvernement français, établissant des accords commerciaux
avec d'autres puissances. Comme la Chine, puissance montante
de l’ordre mondial libéral, qui cherche des débouchés pour
ses produits, des ressources en matières premières et en
pétrole, n’hésitant pas à contester l'hégémonie des anciens
impérialismes sur ce qu'ils considèrent comme leur « pré
carré ».
Les
révolutions dans le monde arabe ajoutent à ces difficultés.
En contestant les pouvoirs en place, elles remettent en
cause les liens de domination qui subsistent entre ces pays
et leurs anciennes puissances coloniales, qu’elles obligent
à s’adapter, à louvoyer en fonction des circonstances pour
garder le contrôle. Elles l'ont fait pendant quelques
semaines de façon "diplomatique" ; elles viennent de
franchir un seuil en déclenchant une offensive militaire
dans le pays qui leur offrait la meilleure opportunité
politique pour le faire, la Libye.
Elles
reprennent ainsi l’initiative aussi bien du point de vue de
leur volonté de contrer la vague révolutionnaire en cours
que du point de vue de la concurrence internationale, en
particulier face à la Chine et aux autres pays émergents.
C’est ce qui explique que l’intervention en Libye, prise à
l’initiative des puissances directement concernées
–Etats-Unis, France, Grande-Bretagne- a du mal à trouver un
appui franc et massif parmi les autres grandes puissances :
elle est aussi un coup dans une partie destinée à les
écarter, autant que faire se peut, de cette partie du monde…
En
même temps, et c’est certainement la raison qui fait que
personne n’a utilisé son droit de veto lors du vote à l’ONU,
les Etats-Unis, bien qu’affaiblis économiquement et
politiquement, restent le seul rempart derrière lequel la
grande bourgeoisie internationale, les grands actionnaires
de banques et de multinationales peuvent se réfugier lorsque
leur pouvoir de classe est contesté… Obama le sait bien et
en joue. C’est sur cette réalité des rapports de force
internationaux qu’il s’appuie pour tenter d’atteindre un
objectif qu’il répète de sommet en sommet : maintenir
l’hégémonie américaine sur le monde. Il le fait tout en
essayant de redonner quelque consistance à l’écran de fumée
baptisé « démocratie » derrière lequel avance la politique
de rapine et d’agression des USA. Demander le départ de
Moubarak au moment où les jeux sont faits, lancer une
offensive militaire contre Kadhafi au moment le plus
propice, tout cela relève d’une même stratégie : garder le
contrôle de la situation face à la vague révolutionnaire,
reprendre l’initiative face à la concurrence internationale,
tout en essayant de faire passer pour de la grandeur d’âme
ce qui n’est autre que la préparation de nouveaux rapports
de domination voire une nouvelle occupation militaire…
Car
le bluff de la zone d'exclusion aérienne qui devait
miraculeusement « empêcher Kadhafi de noyer la population
civile dans le sang » est en train de faire long feu.
Ce ne sont pas les quelques misérables avions de Kadhafi qui
pouvaient constituer la menace essentielle contre les
insurgés, mais bien ses mercenaires bien payés, ses
centaines de véhicules blindés, ses troupes au sol
retranchées dans des villes au milieu de cette population
civile qu'il se serait agi de protéger... Ceux qui ont
décidé de lancer leurs bombardiers et leurs missiles sur la
Libye le savaient, bien évidemment. Et le coup suivant se
prépare : on nous montre des villes encerclées par les tanks
de Kadhafi dont les civils ne peuvent s'enfuir, des
« insurgés » inorganisés, militairement incompétents, mal
armés, ne disposant pas des ressources logistiques leur
permettant de poursuivre leur offensive... Mais l'OTAN, qui
vient de prendre la direction des opérations, n'entend
visiblement pas fournir les armements nécessaires aux
insurgés : ce serait, nous dit-on, contraire à la résolution
de l'ONU... En réalité, la coalition n'a aucune intention de
permettre aux insurgés libyens de se débarrasser par leurs
seules forces de Kadhafi, de lui donner les moyens de se
renforcer. Et il faut donc s'attendre à ce que l'on nous
explique bientôt qu’au vu de la situation, il n’y a pas
d’autre choix, pour protéger les civils, que de lancer une
intervention terrestre, nouvelle résolution de l'ONU à
l'appui, si nécessaire...
Tous
les éléments politiques pour justifier une telle
intervention, c'est-à-dire une occupation militaire de la
Libye par les troupes de la coalition impérialiste, quel que
soit le sigle, OTAN ou pas, qu’elles colleront sur leur
casques, sont en place. Et même si Kadhafi finit par céder
avant l'intervention au sol, le résultat sera très
certainement le même : on mettra des troupes sur place pour
"aider" le "gouvernement de transition" à "mener à
bien la transition"... Le scénario semble ainsi prêt
pour la mise en place d'un gouvernement des insurgés, sous
la houlette des USA. C'est bien le sens de la reconnaissance
par Sarkozy du CNT, le "Comité national de transition" qui
s'est constitué à Benghazi, juste avant le votre de
l'intervention à l'ONU.
C'est
pourquoi on ne peut pas ne pas voir dans cette guerre qui
commence sous le prétexte d’éviter un massacre de civils une
nouvelle étape dans la guerre contre les peuples et les
travailleurs, le début d’une offensive de l'impérialisme
pour contrôler à son profit les révolutions en cours.
Au cœur de la révolution, la
lutte des classes…
La
guerre contre la Libye ouvre une nouvelle phase du processus
révolutionnaire, du point de vue des rapports de chacun des
pays avec les USA et leurs alliés, mais aussi, à l'intérieur
de chacun d'entre eux, dans les rapports des travailleurs
avec la bourgeoisie et avec le pouvoir et l'armée. C'est
pourquoi, si l'évolution de la situation en Libye est un
élément important pour la suite du processus, ce dernier
dépend surtout de la capacité des travailleurs à y
intervenir directement.
En
Tunisie comme en Egypte, la chute des dictateurs n’a pas
fondamentalement changé les rapports du pouvoir en place
avec les puissances impérialistes. Les gouvernements de
« transition démocratique » qui se sont mis en place font
tout leur possible pour assurer la « transition »… des liens
de dépendance existants. Le nouveau gouvernement tunisien a
reçu, dès sa prise de fonction, la visite de quelques
ministres français, Lagarde en tête, venus lui apporter
"tout leur soutien". En Egypte, la transition est assurée
par l’armée, formée et financée par les USA…
Mais
la contestation, en particulier celle des jeunes et des
travailleurs, n’a pas désarmé pour autant.
En
Tunisie, de nombreux ministres ont dû laisser la place
devant la pression de la rue. Le pouvoir a dû annoncer
l’élection d’une assemblée constituante pour le 24 juillet,
un pas dans le sens d’une des revendications du mouvement.
Pour les révolutionnaires tunisiens et égyptiens, la « transition
démocratique » devrait déboucher sur une
« démocratie » à l’image de celles qui régissent les pays
dits « occidentaux ». Mais si beaucoup de ceux qui ont
contribué à chasser les dictateurs voudraient y croire…
c’est certainement sans trop y croire, et les travailleurs
et les jeunes tunisiens et égyptiens comptent surtout sur
eux-mêmes.
En
Tunisie, les grèves se multiplient pour les salaires, les
embauches, imposer des syndicats indépendants du pouvoir,
alors que la direction de l’UGTT se fait l’écho des
injonctions du gouvernement à « reprendre le travail ». Les
mineurs de Gafsa viennent de faire une longue grève pour
l’embauche de 20 000 travailleurs, ils en ont gagné 4 000.
Des grèves pour embaucher les intérimaires se développent
portées par la jeunesse précarisée. Une précarité qui fait
le grand bonheur des multinationales, car les contrats
précaires peuvent être prolongés pendant quatre ans et sont
parfois payés 120 dinars alors que le salaire minimum est de
272 dinars (139 euros) ! Des grèves pour les salaires
éclatent également dans le public et le privé. Les
travailleurs ne se contentent pas du renversement de Ben
Ali, ils exigent leur dû. Comme l'explique un patron
français d'une entreprise de BTP : « Pendant la
révolution, les ouvriers ont gardé l'usine. Une semaine
après, ils réclamaient 30 % d'augmentation de salaire »...
il a dû lâcher 10 % d'augmentation, comme bien d'autres
patrons.
En
Egypte non plus, les grèves n'ont pas cessé depuis la chute
de Moubarak le 11 février, sur les mêmes revendications.
Dans ce pays, lui aussi très attirant pour les investisseurs
étrangers, le salaire minimum était autour de 50 € par mois,
le coût de 5 kg de viande. Rompant avec la Fédération
syndicale égyptienne, le syndicat contrôlé par l'État, des
milliers de travailleurs des transports publics réclament la
création de syndicats indépendants, comme les 20 000
travailleuses et travailleurs du secteur textile étatisé de
la région de Mahalla. L'armée qui dirige le pays a dû s'y
plier... mais cherche maintenant à reprendre l'initiative,
en s’appuyant sur toute une partie de la petite bourgeoisie,
petits commerçants, artisans qui, s’ils ont participé au
mouvement qui a entraîné la chute de Moubarak, aspirent
maintenant à la « paix sociale », afin de pouvoir reprendre
des affaires souvent liées au tourisme. La semaine dernière,
le gouvernement a organisé un référendum amendant à la marge
la constitution. Il a recueilli 77 % de « oui » -avec une
participation de 41 % seulement-, grâce à l'appui du PND,
ex-parti de Moubarak, et des Frères musulmans. Se prévalant
de la légitimité que lui aurait conféré le résultat de ce
référendum, le nouveau pouvoir militaire égyptien a approuvé
mercredi 23 mars un projet de loi prévoyant des peines de
prison et des amendes dans certains cas de manifestations et
de grèves...
En
regroupant l’ensemble des populations opprimées, en
focalisant leur action contre la dictature, la première
phase de la révolution a permis de chasser les dictateurs.
On est entré maintenant dans une nouvelle phase, les
clivages de classe apparaissent, mettant en lumière la
connivence des pouvoirs en place avec les exploiteurs,
posant les nouveaux termes de la question politique, le lien
entre la question sociale et la démocratie. Cela au moment
même où les bombes des USA et de leurs alliés tombent sur la
Libye, aux frontières de la Tunisie et de l'Égypte.
Notre camp, celui de la
révolte des opprimés…
La
révolution prend bien du monde à contre-pied, en particulier
les chefs d’Etat qui se prévalent du socialisme pour mieux
dominer leur peuple. Le socialisme... comme instrument de
domination et de conservatisme ! Avec le règne du stalinisme
sur le monde ouvrier pendant plus d'un demi-siècle, les
multiples formes d’usurpation du socialisme ont fait bien
des ravages dans les cerveaux de ceux-là mêmes qui veulent
sincèrement « révolutionner le monde » et qui croient voir
en Chavez une figure du socialisme. Un "socialiste" qui,
aujourd'hui, au nom de son combat contre l'impérialisme,
apporte son soutien aux pires des dictateurs...
C’est
là la véritable nature de son pouvoir et de son « anti-impérialisme »,
s'opposant à l'intervention impérialiste... pour se montrer
solidaire de Kadhafi, ce tyran qui réprime les libyens
révoltés contre sa dictature avec ses chars et ses armes
lourdes. Et il vient d'en rajouter, défendant son " frère "
Bachar al-Assad, le dictateur sanguinaire de Syrie, en le
présentant comme un " socialiste, humaniste ... doté
d'une grande sensibilité humaine "... La politique
actuelle de Chavez ne peut d'ailleurs en aucune façon nous
surprendre : depuis plusieurs années, prenant prétexte du
combat commun contre les USA, il a apporté son soutien à
Ahmadinejad, le président de la République islamique d'Iran,
lui rendant visite et le recevant en grande pompe, lui
promettant un soutien militaire au cas où les États-Unis
attaqueraient l'Iran...
La
vague révolutionnaire projette un éclairage nouveau sur les
proclamations anti-impérialistes des "socialistes" de ce
genre : une politique nationaliste, démagogique, de
bonaparte jouant de l’antagonisme entre leur peuple et les
grandes puissances pour imposer leur domination et tenter de
négocier leur place dans le cadre de la libre concurrence du
marché mondial.
Elle
révèle du même coup l'impasse que constitue cette façon de
penser qui consiste à réduire les affrontements
internationaux à l'affrontement entre deux camps, celui des
anti-impérialistes contre celui de l'impérialisme. Un
affrontement dans lequel les anticapitalistes, les
révolutionnaires, seraient nécessairement du côté de ceux
qui se battent contre l'impérialisme. Cette "habitude" est
héritée de la période de la guerre froide et des luttes de
libération nationale des années 1950. Le soutien justifié au
combat des peuples colonisés contre leurs colonisateurs
s’est mué en soutien de la politique de certains des Etats
qui sont nés de cette lutte pour l’indépendance, sans
toujours mesurer leur véritable nature, prenant pour argent
comptant leur auto-attribution du label « socialiste »,
voire découvrant chez eux le début d'un processus vers le
socialisme...
Aujourd’hui
ces Etats sont pleinement intégrés à un ordre mondial
nouveau qui combine libéralisme et impérialisme. Ils y
combattent pour défendre leur place tout en participant au
maintien de l’ordre contre les peuples et les travailleurs.
La
révolution bouscule les routines de pensée et oblige à aller
de l’avant, à penser du point de vue de la classe ouvrière,
des opprimés en révolte. A raisonner du point de vue du camp
des travailleurs et des peuples, seule façon de comprendre
la réalité des processus révolutionnaires en cours,
complexes, faits du jeu de multiples forces contradictoires,
manifestation exacerbée de la guerre entre les classes,
entre les travailleurs et la bourgeoisie et son pouvoir,
dans le cadre de la concurrence globalisée qui sapent les
bases de dominations des vieilles grandes puissances.
Dans
l'enthousiasme des premiers jours de la montée
révolutionnaire, nous avons crié " Vive la révolution "...
mais cela ne nous dispense pas de prendre la mesure de la
véritable nature des pouvoirs qui se sont substitués aux
précédents pendant cette première phase. Il n'y a pas eu de
miracle : les gouvernements de transition qui se sont mis en
place en Égypte et en Tunisie - à plus forte raison celui
que l'impérialisme veut substituer au pouvoir de Kadhafi en
Libye-, ne marquent en aucune façon une rupture avec la
domination libérale, impérialiste, mais bien une continuité
dans la dépendance. Continuer le combat pour la liberté, la
démocratie, arracher les moyens de vivre dignement de son
travail, c'est s'affronter maintenant à ces pouvoirs et, à
travers eux, à la dictature de la finance.
Le
sort de la révolution en cours, sa capacité non seulement à
se débarrasser des dictateurs en Libye, en Syrie et
ailleurs, mais aussi de faire face aux manœuvres de leur
propre bourgeoisie comme à celles de l'impérialisme, repose
exclusivement sur la capacité des travailleurs, de la
population laborieuse à intervenir de façon indépendante.
La
révolte du monde arabe a bousculé le monde, elle a ouvert
une nouvelle ère de révolutions, une nouvelle arène de la
lutte des classes internationale, mais le chemin pour la
nouvelle phase de la révolution, l’établissement d’un
pouvoir démocratique des travailleurs et des peuples pour
eux-mêmes, sous leur contrôle, n’a pas de raccourci.
Personne n’est bien évidemment en mesure d’en estimer les
rythmes, ni le coût en combats, en dévouement, en vies
humaines. Mais une chose est certaine. Pour faire valoir
leurs droits sociaux et politiques, leur droit à disposer
d'eux-mêmes, contre Kadhafi comme contre les puissances
libérales et impérialistes, ils ne peuvent compter que sur
eux-mêmes. Leur combat est le nôtre, celui des travailleurs
du monde entier. Ils ont toute notre solidarité.
Daniel Minvielle