Face au poison xénophobe, la défense de la laïcité : un combat démocratique contre toutes les oppressions
Ce qui devait être le grand « débat
sur la place de l’islam » annoncé de longue date par
Sarkozy et Copé, s’est finalement transformé en « convention »
pour la « laïcité » réunissant dans un hôtel parisien
un petit parterre UMP… Un fiasco après des semaines de buzz.
Une farce certes, mais qui laboure le terrain du FN et de tous
les démagogues réactionnaires, au moment où Guéant est à
l’offensive contre l’immigration, légale cette fois, et alors
que la loi contre le port de la burqa vient d’entrer en
application. Une loi qui, au nom d’un droit des femmes dont
elle se moque, ne vise qu’à amplifier la stigmatisation et ne
peut qu’avoir l’effet inverse à celui prétendument recherché.
Sarkozy, le démagogue mu par
l’ambition et la soif du pouvoir, sans autre personnalité
politique que de capter le sens du vent, apparaît nu. Après
l’aventure de l’ouverture à « gauche », la tentative
d’aspiration des électeurs FN lui revient comme un boumerang,
il ne reste que la fuite en avant d’un pantin agité… qui a
néanmoins assuré aux députés UMP : « Moi, la situation, je
la sens bien »… « Quand le paysan sème, l'imbécile au
bord de la route ne voit pas qu'il sème et qu'il a labouré
profond depuis longtemps » ! Une profondeur qui semble
échapper à nombre de ses « amis »…
Un fiasco pour Sarkozy mais
le FN jubile
Non seulement il n’y avait pas
foule à la grand’ messe sur l’islam, mais depuis plusieurs
semaines, nombre de ministres ou d’ex ont fait entendre leur
« différence » avec un certain malaise. Loin de ramener au
bercail les électeurs gagnés en 2007 sur le FN et égarés
depuis, l’agitation xénophobe et anti-islam donne au contraire
du grain à moudre à ce dernier qui ironise… et voit venir.
Guéant, ministre de
l’intérieur et de l'immigration « en charge des cultes »,
fait son travail méthodiquement : pas un jour sans
provocation, sans petite phrase. Au gouvernement, l’heure
n’est plus à la coquetterie de la « diversité ». Remerciées
les ministres de 2007 « issues de l’immigration »
Rachida Dati, Fadela Amara ou Rama Yade. Limogé aussi le « conseiller
chargé de la diversité », Abderrahmane Dahmane, qui
avait osé critiquer le débat sur la laïcité et l'islam. Guéant
officie à l’Intérieur tandis que Juppé s’occupe de la guerre
en Libye, en Côte d’Ivoire, en Afghanistan… et envoie avec
Berlusconi des patrouilles aériennes et navales sur les côtes
tunisiennes pour stopper ceux qui fuient le chômage et la
misère tandis que la police les traque à la frontière avec
l’Italie.
Guéant
fait feu de tous bois et de toutes démagogies pour diviser,
attaquer : il annonce la réduction de l’immigration au titre
du travail ou du regroupement familial, de nouvelles attaques
contre le droit de soins pour les étrangers « la France n'a
pas à supporter toutes les assurances-maladie de tous les
pays du monde ! » et évoque les « jurys populaires »
dans les tribunaux correctionnels envisagés aussi pour « les
contentieux des étrangers »… « Le Front national
n'apporte aucune réponse crédible aux préoccupations des
Français » explique-t-il, lui prétend s’en charger !
Certains parlent aujourd’hui
de la banalisation du FN… Mais c’est bien l’ensemble des
« idées » nauséabondes, poison pour le monde du travail, qui
sont largement promues et « banalisées » par toute une frange
de la droite et le pouvoir, alimentant le compte du FN.
Embarras du PS
Face à cette offensive,
l’embarras du PS est patent. Il a beau s’offusquer, il est
bien en peine de faire plus que de vagues déclarations, voire
des pétitions, et prétendre être le meilleur élève de la
laïcité et de la République. Piqué au vif par l’ironie de
l’UMP qui rappelait que les députés PS ont organisé en
décembre dernier des « Rencontres de la Laïcité »,
Glavany a répliqué « Le PS ne cesse de débattre de ces
questions ! Il le fait depuis des décennies. Qui a inventé
la laïcité ? C’est Jean Jaurès, c’est Aristide Briand, c’est
Ferdinand Buisson ! ». L’évocation de ces hommes d’Etat
du début du 20ème siècle, alors que le mouvement
ouvrier et démocratique menait un combat moderne et farouche
contre l’obscurantisme religieux et ses liens avec le pouvoir,
semble un peu courte pour régler la question bien concrète et
contemporaine des rapports du PS avec les Eglises…
D’autant que là où il est aux
commandes, dans les communes comme au sommet de l’Etat, il a
eu, ces dernières « décennies », quelques gestes
concrets. Pour n’en citer que quelques uns : c’est bien le
ministre socialiste de l’Éducation nationale Jack Lang qui, en
1992, signait avec le révérend
Cloupet, secrétaire général de l’enseignement
catholique, un accord instaurant
la parité public-privé pour les personnels de l’enseignement
au nom « de la reconnaissance de la contribution de
l’enseignement privé au système éducatif ».
Cela a conduit l’Etat à payer les salaires
des employés de l’enseignement catholique, un pas de plus
dans la longue liste des gestes sonnants et trébuchants fait
par les différents gouvernements vis-à-vis de l’Eglise.
Plus
près de nous, c’est Bertrand Delanoë, maire de
Paris, qui baptisait en 2006 l’esplanade devant Notre Dame « place
Jean-Paul II », décision prise de concert par les élus
PS, UMP et UDF de Paris… Malgré le scandale et la
dénonciation, entre autre par les militants d’Act Up, de la « célébration
d’un assassin » appelant au rejet du préservatif,
Delanoë loua publiquement, sous la protection musclée des
forces de « l’ordre », une « figure essentielle de notre
temps… sa clairvoyance active, érigée, tel un rempart,
contre les dérives intégristes qui menacent » ! Le
pouvoir vaut bien quelques messes et quelques reniements, y
compris personnels.
Martine Aubry, elle, avait
accepté (avant de faire en partie marche arrière après quelque
temps) des créneaux horaires de la piscine municipale de Lille
strictement réservés aux femmes, avec personnel exclusivement
féminin.
Quant aux dernières « rencontres
de la laïcité » des parlementaires PS, la presse a
rapporté les propos d’élus justifiant l’aide aux écoles
privées confessionnelles par la… mixité sociale ! Loin du
combat pour la laïcité !
« Une République une et
indivisible » ?
Le
PG et Jean-Luc Mélenchon qui ont déposé une proposition de
loi défendant la laïcité, s’ils dénoncent « la logique des arrangements qui a
trop longtemps prévalu à gauche en matière de laïcité » et appellent
à « assurer un
enseignement public gratuit et laïque sur l'ensemble du
territoire de la République française », ils le font en référence à « la
République une et indivisible,[au] peuple souverain, un et
indivisible »,
dénonçant les attaques de Sarkozy contre « l’unité
du pays ».
Un terrain pour le moins miné…
Répondre à l’offensive de la
droite et de l’extrême droite, assumer et lutter pour la
laïcité, ne peut se faire au nom de cette République des
riches, qui combat aujourd’hui aux quatre coins de la planète
pour le compte des multinationales, qui soumet, pille et
exploite ici et ailleurs. Une République bourgeoise dans le
cadre de laquelle les classes populaires, le mouvement ouvrier
et démocratique ont imposé par leurs combats des espaces de
démocratie, sans cesse remis en cause, telle la laïcité. Une
République que, par ailleurs, se disputent aussi Guéant,
Aubry, ou encore Le Pen fille…
Pour une laïcité démocratique
et militante
La laïcité, « spécificité
française », est une conquête du mouvement ouvrier et
des classes populaires, malgré son détournement par la
bourgeoisie pour son propre compte. Le compromis de la loi de
1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat, défendue par
Aristide Briand champion des équilibres, a été le fruit de ce
combat… du moins de ce qui pouvait être imposé, dans le cadre
du rapport de forces du moment, à la bourgeoisie d’une part et
au pouvoir religieux de l’autre.
Ses
premiers articles affirment que « la
République assure la liberté de conscience. Elle garantit le
libre exercice des cultes... Elle ne reconnaît, ne salarie
ni ne subventionne aucun culte… ».
Les religieux ne sont donc plus -en principe-
rémunérés par l'État. Les lieux de culte deviennent propriété
d'État… Mais celui-ci « peut » (et va le faire…) les
confier gratuitement aux représentants des Églises.
L’entretien coûteux des cathédrales, églises et autres temples
construits avant 1905 incombe donc aux contribuables tandis
que les curés en gardent l’usufruit… La loi prévoit par
ailleurs le maintien d’aumôniers dans les prisons, l’armée,
mais aussi les lycées et les hôpitaux. Ainsi, aujourd’hui
encore, des « ministres du culte » sont, en toute conformité
avec la loi, salariés par les hôpitaux publics où ils sont
parfois plus nombreux que les médecins du travail ! De quoi
trouver savoureux les propos de Guéant et de l’UMP exigeant « neutralité
et laïcité dans les hôpitaux » !
Et que dire de tout ce qui a
échappé à la loi de 1905 ? Non seulement elle excluait dès son
adoption l’outremer et les colonies mais elle ne s’applique
pas non plus en Alsace-Moselle où le régime du Concordat
napoléonien a été maintenu. Les religions « reconnues » y sont
subventionnées, les religieux payés par l’Etat, les lieux de
cultes financés par les communes, la religion « enseignée » à
l’école publique et les évêques nommés par le Président de la
République (lui-même chanoine de Latran il est vrai !). Le
code pénal d’Alsace-Moselle reconnait toujours le « délit
de blasphème » aboli par la révolution française : en
1996, cinq militants étaient condamnés pour avoir dénoncé les
propos homophobes de l’évêque de Strasbourg.
Quant
aux récentes déclarations de Sarkozy sur « les racines
chrétiennes de la France » au Puy en Velay faisant écho
à celles de 2007 « La laïcité ne saurait être la négation
du passé. Elle n’a pas le pouvoir de couper la France de ses
racines chrétiennes », elles illustrent la tartufferie
de ces défenseurs du bien public qui déversent leur ramassis
de préjugés xénophobes, tel Guéant, pour qui « le nombre de
musulmans en France et un certain nombre de leurs
comportements posent problème ». L'imposture de Marine
Le Pen, posant au défenseur de la laïcité, n'est que
l'aboutissement de cet enchaînement de petites bassesses dont
elle fait sa nourriture.
Un
enseignement public et laïc pour transmettre les
connaissances modernes
Le combat pour la laïcité est
un combat moderne, militant, indissociable de celui pour la
démocratie et les droits sociaux. Il passe par l’exigence d’un
enseignement public des sciences et des connaissances modernes
accessible à toutes et tous, à l’abri de toutes les églises,
chapelles et intérêts particuliers.
A l’heure où l’Education
publique est attaquée de toutes parts, où l’enseignement privé
bénéficie de toutes les attentions, où les écoles « hors
contrat » fleurissent, aux mains pour certaines de groupes
intégristes et d’enseignants révisionnistes, la lutte pour un
enseignement public et laïc est essentielle.
Sarkozy n’a-t-il pas découvert
que la délinquance peut être « dépistée » chez des enfants de
trois ans, probablement inscrite dans leurs gênes… ? Le même
n’expliquait-il pas en 2007, dans un entretien avec Michel
Onfray, « J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît
pédophile et c'est d'ailleurs un problème que nous ne
sachions soigner cette pathologie » ? Au-delà de
l’arriération du personnage, il s’est toujours trouvé, au sein
du personnel politique des classes dominantes, des hommes
combattant l’enseignement des lois de l’évolution ou de la
génétique, de toute théorie qui puisse d’une façon ou d’une
autre faire vaciller la légitimité de leur domination.
Militer pour un enseignement
public et laïc moderne, c’est militer pour la liberté de
penser, de s’approprier l’ensemble des progrès de l’humanité
pour s’émanciper de tous les préjugés qui justifient les
oppressions, de tous les obscurantismes à la solde de pouvoirs
très matériels.
Nécessité d’un parti porteur
du combat pour le socialisme
Cette lutte pour
l’émancipation porte en elle la contestation de la société de
classes, l’aspiration à une société débarrassée de
l’exploitation de l’homme par l’homme, à une organisation
sociale s’appuyant sur les connaissances modernes et les
progrès de l’humanité permettant l’épanouissement de chacun et
la libre administration des hommes et des femmes par
eux-mêmes.
Elle nécessite un parti dont
l’activité et le combat quotidiens portent en eux ce projet,
le socialisme. Un parti qui, pour reprendre l’expression de
Marx, est convaincu que « l’émancipation des travailleurs
sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes », qui soit pour
toutes et tous un instrument pour devenir acteur de ce combat,
loin des reniements, des adaptations des petits notables
prétendument de gauche, habitués à composer avec l'ordre
établi et ses profiteurs petits et grands.
Le combat pour le socialisme
est démocratique, respectueux des convictions et des croyances
de chacun, affaires privées, c'est bien pourquoi il ne se
dérobe pas face aux préjugés, aux obscurantismes, aux
puissances religieuses piliers de l’ordre établi, qui visent à
soumettre et dresser les peuples, les travailleurs les uns
contre les autres.
La participation même aux
luttes, l’activité consciente et collective font évoluer les
consciences, libèrent des peurs, des a priori, renforcent la
confiance des opprimés en eux-mêmes et font reculer les
préjugés. Elles donnent une liberté et une force nouvelle à la
contestation et aux idées progressistes, sapant par là les
bases de la résignation et de la soumission que prêchent
toutes les Eglises, les religions et les classes dominantes.
Isabelle
Ufferte