A
travers ses multiples rebondissements, l’affaire DSK
illustre une fois de plus, et quels que soient les faits,
que, pour le monde politique et médiatique, seule comptent
la parole de l’ex-Directeur Général du FMI et le souci de
lui trouver des circonstances atténuantes. A droite comme à
gauche, que de mépris pour la femme de chambre, et pour la
femme tout court ! Que d’excuses pour la manifestation
brutale d’un besoin sexuel pour peu qu’il soit le fait d’un
homme de pouvoir face à une femme qui fait partie, en outre,
des catégories les plus exploitées de la population !
La
présidente du parti chrétien démocrate, Christine Boutin,
qu’on voit le plus souvent la Bible à la main, a affirmé de
façon appuyée sa solidarité avec Strauss-Kahn, après que la
journaliste Tristane Banon a eu déposé contre DSK une
plainte pour tentative de viol. « J'avoue que j'ai un peu
la nausée de tout ça. Je préférerais qu'on arrête.
L'affaire Banon qui tombe également... Enfin ça suffit, ça
suffit, ça suffit! ». Et de saisir l’occasion
des révélations qui ont semblé accuser la femme de chambre
pour rappeler qu’elle avait été « la première à dire
qu'il était probablement tombé dans un piège ».
On
le savait déjà, les tenants de l’ordre moral ne sont pas les
derniers à fermer les yeux sur les frasques des puissants de
ce monde, tant il est vrai que le mariage qu’ils défendent a
toujours eu comme complément la prostitution et l’adultère.
Les
mêmes se sont déchaînés contre la proposition de loi émanant
de députés socialistes d’« ouvrir le mariage aux couples
de même sexe ». Celle-ci, examinée à huis clos à
l’Assemblée nationale le 25 mai, a été finalement rejetée,
sous les assauts en particulier de membres du courant de la
Droite populaire, dont le chef de file, Laurent Wauquiez, se
réclame d’une droite décomplexée. « Et pourquoi pas des
unions avec des animaux ? Ou la polygamie », a ainsi
lancé la députée UMP Brigitte Barèges. Christine Boutin
s’est élevée « toujours contre le mariage homo, porte
ouverte à l’adoption. L’intérêt de l’enfant est d’avoir un
papa et une maman ». Et pour sa non légalisation, car
« il y a des logiques qu’on ne peut pas arrêter. Quand il
y a une faille dans une digue, la mer s’engouffre et la
digue rompt. C’est la même chose. J’ai beaucoup d’amis
homosexuels, et beaucoup ne réclament pas le mariage »
La
même Christine Boutin, qui accumule nombre de titres en
matière de profession des idées réactionnaires - consulteur
du Conseil pontifical pour la famille au Saint-Siège en
1986, organisatrice avec d’autres de la « Marche pour la
vie » en 1988, virulente pourfendeuse du PACS en 1998 à
l’Assemblée - est aussi à l’origine, avec l’Association des
Familles Catholiques, d’une pétition contre les nouveaux
programmes de SVT (sciences de la vie et de la terre) de
Première. La pétition dénonce « un programme offrant un
panorama de la sexualité morbide et mortifère
(contraception et contragestion)… une vision de la
sexualité technique, où le corps est réduit à sa dimension
matérielle, … une sexualité décrite comme proche de celle
de l’animal » !
Diable !
Qu’est-ce qui peut bien, dans ces nouveaux programmes,
élaborés par des enseignants soucieux de transmettre les
derniers acquis scientifiques aux élèves de lycée, provoquer
une telle panique ?
Simplement
le fait qu’ils s’appuient sur la théorie du genre,
c’est-à-dire la construction sociale de l’identité sexuelle
et de l’orientation sexuelle, qu’ils dissocient la sexualité
de la reproduction, qu’ils légitiment le plaisir sexuel
comme un des éléments de l’épanouissement des êtres humains,
et mettent en évidence ses mécanismes. De quoi évidemment
faire frémir d’horreur les curés de toute obédience. Il est
vrai que c’est une brèche de taille dans l’institution de la
famille patriarcale et du mariage monogamique !
Face
à cette offensive des préjugés les plus réactionnaires dont
cette pétition est une des expressions, il est évident que
la reconnaissance du mariage de personnes du même sexe est
un combat démocratique essentiel que nous faisons nôtre,
quelle que soit par ailleurs notre conviction que
l’institution du mariage va à l’encontre de la liberté qui
devrait présider au choix de toutes et de tous de s’associer
comme bon leur semble, dans un respect réciproque qui ne
regarde qu’eux-mêmes.
Le
mariage en effet, dès sa naissance dans les sociétés
antiques, a sanctionné la propriété de l’homme sur la femme.
Dans les classes possédantes, en particulier, il assurait à
l’homme la certitude – en théorie du moins - de sa paternité
et que c’est bien à ses propres enfants qu’il lèguerait ses
biens et sa fortune.
Charles
Fourier, prédécesseur des socialistes, comme le jeune Marx
et les révolutionnaires de son temps, avait, au début du XIXème
siècle, critiqué au vitriol le mariage bourgeois qui se
prétendait – et se prétend - moderne et civilisé, tout en
défendant une appropriation de la femme, qui ne doit se
donner qu’à un seul homme, avec son cortège de jalousie et
autres sentiments de propriété des êtres, sentiments d’un
autre temps, et qui peuvent briser bien des vies : les
chroniques judiciaires, les romans et autres émissions
télévisées débordent d’exemples…
Et
lorsque ce même Fourier défendit le principe de liberté
sexuelle pour la femme, mais aussi entre hommes et femmes du
même sexe, voire pour les jeunes et les vieillards, il fit
scandale, et fut traité de fou… alors qu’il ne faisait
qu’entrevoir, au début du XIXème siècle, la riche
palette des rapports humains entravés, voire réprimés, par
des siècles de « civilisation » de classe.
Lorsque
Marx et les premiers socialistes, dans la foulée de Fourier
et de Flora Tristan, dénoncèrent le mariage bourgeois, on
les accusa violemment de défendre « la communauté des
femmes ». On reprocha aux révolutionnaires russes,
dont Lénine et Trotsky, de remplacer la famille par la
collectivisation des enfants lorsque le jeune Etat ouvrier
né de la révolution, instaura, en 1918, l’union libre, le
droit à l’avortement et la suppression du « délit
d’homosexualité » …
Mais
ce qui apparaissait encore à l’époque, comme du domaine de
l’utopie, se révèle aujourd’hui comme le résultat
inéluctable de l’évolution des connaissances scientifiques
et des relations humaines, au point que les programmes de
SVT en prennent acte de manière quasi-officielle.
Pour
les tenants de l’ordre moral qui voient à juste titre la
famille traditionnelle, patriarcale, comme un ciment de
l’ordre social tel qu’ils voudraient le maintenir, le
respect de l’appropriation des richesses comme des êtres
humains, de l’exploitation qui garantit les privilèges de
quelques-uns, il est essentiel de maintenir les tabous et
préjugés moyenâgeux qui entourent la sexualité.
A
l’inverse, le combat contre cet obscurantisme qui génère
tant de souffrances dans les rapports entre les êtres
humains est au cœur de la transformation révolutionnaire de
la société.
Tant
il est vrai qu’il ne pourra y avoir de libre épanouissement
de la personnalité humaine que dans des rapports sociaux
débarrassés de la gangue de la propriété privée et de sa
réfraction dans le domaine des relations intimes entre les
individus, le mariage bourgeois.
Monica Casanova