Le diktat de Sarkozy et Merkel au peuple grec, une attaque contre tous les peuples d'Europe
Sarkozy l’avait rêvé : le G20
de Cannes, sous sa présidence, devait être l’apogée de sa
politique internationale, de quoi redorer sa cote de
popularité, bien mal en point à quelques mois de la
présidentielle. La « crise grecque » consécutive à l’annonce
par Papandréou, lundi 31 octobre, d’un referendum sur le « plan
de la dernière chance » concocté le 26 par le sommet
européen de Bruxelles a gâché la fête... La satisfaction
prétentieuse du petit homme, qui se vantait au lendemain du
sommet que, « s'il n'y avait pas eu d'accord, ce n'est pas
simplement l'Europe qui sombrait dans la catastrophe. C'est
le monde entier »... a tourné à la « consternation ».
L’annonce de ce referendum a
déclenché une panique boursière et politique. Les marchés
financiers et les gouvernements, qui savent parfaitement que
leurs plans d’austérité sont massivement rejetés, paniquent à
la simple idée que l’on puisse demander leur avis aux
victimes.
Sarkozy et Merkel, soutenus
par Obama, s’agitaient dès le début du G20 pour ramener
Papandréou à de meilleurs sentiments. Plus précisément, pour
faire en sorte que les nouvelles attaques contre le peuple
grec dont est assorti le « plan d’aide » soit exécuté. Et
l’injonction s’adressait autant à Papandréou et son
gouvernement, qu’à l’ensemble des principaux partis grecs,
dont la droite (Démocratie nouvelle), sommés de trouver un
accord pour mener à bien la politique des banquiers.
Le même Papandréou qui
affirmait lundi que « la volonté du peuple s’imposera à
nous », déclarait jeudi que le « referendum n’est pas
une fin en soi »... Confronté à la défection d’une
partie de sa majorité parlementaire et à l’opposition de
certains ministres de son gouvernement, il se dira ensuite
prêt à constituer, avec la droite, un gouvernement d’union
nationale afin d’appliquer le plan de Bruxelles... Samaras,
chef de file de la droite parlementaire, qui a lui aussi
entendu le message de Merkel et Sarkozy, constatait alors que
« là où on en est arrivé avec la politique du gouvernement
(socialiste), le nouvel accord sur la poursuite de l’aide à
la Grèce est inévitable et il faut le garantir », et se
disait prêt à constituer, avec le Pasok, un « gouvernement de
transition » dont la mission serait de valider immédiatement
l’accord de Bruxelles et d’organiser des élections
législatives anticipées, mais à condition que Papandréou
démissionne. Condition que ce dernier aurait acceptée... à
condition que son gouvernement obtienne la confiance du
parlement...
Quel que soit le résultat de
ce vote, annoncé par Papandréou en même temps que le
referendum, quelle que soit la nouvelle combinaison
gouvernementale qui sortira des tractations en cours, la
tragi-comédie se conclut sur son suicide politique...
L’évolution de la situation
montre bien à quel point cette annonce ne devait rien à une
brutale et inattendue remontée d’une hypothétique « conscience
démocratique ». Et ne devait rien surtout à un revirement de
politique vis-à-vis de cette Europe des banquiers dont Merkel
et Sarkozy sont les représentants patentés : pas plus
Papandréou que son gouvernement ou les députés « socialistes »,
bien d’accord là dessus avec leur opposition de droite au
parlement, n’avaient l’intention de se soustraire aux ordres
des banques, de Sarkozy et de Merkel. Ils n’avaient aucune
intention de cesser d’infliger à la population la politique de
privatisations, de baisses des salaires, de destructions des
services publics et de la protection sociale qu’ils lui
imposent depuis deux ans. Honni par la population, de plus en
plus isolé, Papandréou cherchait une issue à une crise
politique qui le dépasse, exacerbée par la pression de la rue,
les manifestations, telles celles qui, vendredi 28, ont
répondu à l’annonce du nouveau plan.
Ce referendum, s’il avait eu
lieu, aurait bien évidemment donné une occasion de plus à la
population de dire son rejet massif des plans d’austérité.
Mais cela n’aurait en aucune façon permis de trouver une issue
à la crise économique, financière et politique dans laquelle
est plongé le pays. La gravité de la crise politique qu’a
révélé la soudaine annonce de Papandréou pose la question du
pouvoir, d’un gouvernement capable d’en finir avec ces
politiques qui, sous couvert de « sauvetage », multiplient les
agressions contre les peuples et aggravent la crise. Cette
perspective ne peut se concevoir que comme un prolongement des
luttes, des mobilisations contre les plans d’austérité, pour
l’annulation de la dette.
Un répit de courte durée...
Soulagés par l’issue de
l’épisode du referendum grec, Sarkozy et Merkel ne manqueront
pas de se dire satisfaits de voir leur « plan de la
dernière chance » pouvoir enfin être mis en œuvre et
montrer toute son efficacité... Un masque de satisfaction qui
risque d’être de courte durée...
« Plan de
sauvetage : l’Europe s’offre un répit » titrait la
Tribune dès le 28. Le monde de la finance n’est pas dupe
du conte de fée que nous servent Sarkozy et Merkel : un accord
a été trouvé avec les banques pour alléger la dette grecque au
point que la Grèce pourra revenir à l’équilibre budgétaire en
2020, à condition, bien évidemment que soit mis en œuvre un
nouveau plan d’austérité ; une solution a été trouvée pour
permettre aux banques qui ont consenti à perdre la moitié de
ce que leur doit la Grèce de se recapitaliser ; cette
recapitalisation, ainsi que celle qui pourrait résulter de
l’insolvabilité d’autres pays, comme l’Italie, sera garantie
par une augmentation de la « puissance de feu » du
FESF, qui passera de 446 milliards à 1000 milliards...
Les créanciers de la dette
italienne n’y ont, semble-t-il, pas cru, puisque dès jeudi 27,
lors d’une émission test d’obligations par l’État italien, les
taux ont encore grimpé, entraînant, dès le lendemain, les
Bourses européennes à la baisse. Décidément, il n’est pas
facile de « rassurer les marchés ».
Il est vrai que l’accord de
Bruxelles n’est que la poursuite, sous une autre forme, des
interventions qui n’ont sauvé les banques de la crise de 2008
que pour mieux préparer la crise actuelle. Une politique qui
consiste à combattre les conséquences de la crise de la dette
par toujours plus d’endettement...
Les
faux semblants du « sauvetage » de la Grèce
Ce plan que les travailleurs
et les indignés grecs refusent résolument porte sur 230
milliards « d’aide ». Sur le papier, 130 milliards seront
« prêtés » par les États européens (dont 30 pour recapitaliser
les banques grecques), et 100 seront pris en charge pas les
banques créancières sous forme d’une « décote » des emprunts
restants. Après la décote de 21 % en juillet, on passe
aujourd’hui à 50 % : c’est l’expression de la prise en compte
par les dirigeants de l’EU, du FMI, de la BCE et des banques
concernées de l’insolvabilité de l’État grec. C’est aussi,
même si cela s’avère insuffisant au vu des réactions de la
population grecque à l’annonce de ce plan, la prise en compte
du fait qu’il y a des limites au pillage auquel on peut
soumettre un peuple...
Il faut noter cependant que
cette décote ne sera appliquée que par les banques qui le
voudront bien : pas question que les banquiers se laissent
imposer une politique par les gouvernements... Ceci dit,
d’après un des représentants de ces banquiers, 90 % d’entre
eux seraient décidés à jouer le jeu, conscients du risque de
déclenchement d’un effet domino. Et cela d’autant plus que le
« sacrifice » auquel ils se préparent est tout relatif. Le
montant de la dette grecque est limité, bien inférieur à celui
de la dette italienne. La « décote » de 50 % est répartie sur
8 ans. Et elle ne porte que sur la partie de la dette qui n’a
pas déjà été rachetée par la BCE ou le FESF, ce qui la
ramènerait en réalité à 35 % de la dette globale.
Les banques acceptent de
perdre volontairement bien moins que ce qu’elles perdraient de
toute façon en laissant faire. Et surtout le « plan » préserve
l’essentiel : le mécanisme de la dette, de la pompe à finance
qui a conduit la Grèce à la faillite. La charge de la dette
continuera à peser lourd sur la population grecque, à drainer
les richesses vers les coffres des banques. L’argent prêté par
l’UE pour faire face aux échéances immédiates devra être
remboursé, et le fait que la décote soit étalée sur huit ans
entraîne que la charge de la dette restant due aux banques ne
va diminuer que progressivement... et à condition que les taux
d’intérêts n’augmentent pas plus vite que ne se feront sentir
les effets de la décote.
Comble
du cynisme, les dirigeants européens se félicitaient jeudi
27 que le nouveau plan d’austérité qui était présenté à la
population grecque comme contribution à ce nième
« sauvetage » soit moins draconien que celui qui aurait été
nécessaire si l’accord n’avait pu être trouvé... Les
travailleurs, les indignés grecs, leur ont apporté dès
vendredi leur réponse, en poursuivant leur mobilisation pour
imposer l’arrêt des reculs sociaux et des privatisations des
services publics, pour exiger l’annulation pure et simple de
la dette, poussant Papandréou dans l’aventure du referendum.
Recapitalisations :
les contribuables en derniers recours
On nous explique comme une
évidence que les banques, du fait de la décote qu’elles
viennent d’accorder à la Grèce, vont se retrouver avec un trou
de 106,5 milliards d’euros et qu’il faut bien qu’elles le
comblent... Pour cela, le sommet de Bruxelles a pondu un
scénario que le Figaro résume ainsi : les banques, si
elles ont besoin de se recapitaliser, « ... vont chercher
de l’argent sur les marchés, en émettant de nouvelles
actions. Si les investisseurs ne veulent pas participer, les
banques demanderont aux États. Si les États ont les caisses
vides, l’Union européenne interviendra via le Fonds européen
de stabilité financière ». Tout est dit...
Ou presque, car le Figaro
oublie une partie de l’accord qui demande aux banques de
prendre sur leurs profits, en interrompant le versement de
dividendes et de bonus, pour pouvoir prétendre à une
intervention des États ou du FESF. Oubli compréhensible, tant
on a du mal à imaginer que les banques se laisseront dicter la
façon dont elles utilisent leurs profits. Fillon, sortant
d’une rencontre mercredi 2 novembre avec les banquiers
français, formule ainsi les choses : le gouvernement demande
aux banques, pour recapitaliser leurs fonds propres et les
ramener à 9 % des emprunts accordés conformément aux accords
de Bâle, de... « faire preuve de la plus grande modération dans
le versement des dividendes et dans les rémunérations et les
bonus ». Il confie le contrôle de cette « modération »
à la Banque de France...
Le FESF ou les pompiers
pyromanes
Le FESF est confirmé dans son
rôle de compagnie d’assurance gérée par les États pour
soutenir les banques menacées par les faillites publiques. Sa
capacité d’intervention a été portée de 446 à 1000 milliards
d’euros face à la menace que fait peser aujourd’hui la dette
italienne.
Certains appellent cela « renforcement
de la puissance de feu du FESF»... révélation bien
involontaire de la véritable nature d’une politique qui, pour
éteindre la crise, renforce la « puissance de feu » de
la pompe à incendie !
Les États empruntent pour
alimenter le fonds, et le fonds lui-même peut émettre des
obligations, emprunter auprès d’investisseurs « extérieurs »,
banques privées, fonds souverains étrangers, Chine...
L’assurance garantie de disséminer dans toute la finance
internationale les risques liés aux titres toxiques de la
dette européenne.
Parmi les « outils »
financiers que ces pompiers pyromanes envisagent d’utiliser,
« l’effet de levier », par lequel le fonds compte
multiplier par quatre la « puissance de feu » des
sommes qu’il empruntera. Emprunter à long terme à des taux
faibles pour prêter à court terme à des taux plus importants :
l’Union européenne et la BCE reprennent à leur compte une des
recettes miracles utilisées par les banques pour multiplier
les capitaux sans apporter la moindre valeur ajoutée, sans
créer la moindre richesse nouvelle. C’est de la cavalerie
financière en grand, estampillée au sceau de la respectabilité
des États ! L’assurance garantie de gonfler de nouvelles
bulles spéculatives, de reporter les problèmes d’aujourd’hui à
demain, multipliés par un fort « effet de levier » !
Le G20 à la rescousse de
l’Union européenne
Le G20 qui vient de se
terminer à Cannes s’est trouvé, de fait, profondément marqué
par l’exacerbation de la crise financière et politique
européenne, qui était au centre des préoccupations. Il s’était
donné, selon une lettre envoyée en début de semaine aux divers
participants par Van Rompuy et Barrosso, respectivement
présidents de l’Union européenne et de la Commission
européenne, pour objectif de «... rétablir la confiance au
niveau mondial, soutenir une croissance durable et la
création d'emploi, et maintenir la stabilité financière ».
Vaste programme, mais que ce
G20 était, comme ses précédents, bien incapable de faire
avancer.
L’évolution
de la crise de la dette européenne, point chaud actuel d’une
crise bien plus globale, montre à quel point les
« traitements » mis en œuvre ne font qu’enfoncer toujours
plus les États et leurs institutions dans un océan de dettes
et dans des crises politiques inextricables. Cela alors que
se confirme l’entrée de l’économie mondiale dans une
nouvelle phase de ralentissement, voire de récession. Un
rapport de l’OCDE publié lundi 31 abaisse les prévisions de
croissance pour 2012 de la Zone euro à 0,3 % contre 2 % en
mai, et celle des États-Unis à 1,8 % contre 3,1 %. Dans une
dépêche de l’agence de presse Reuter, le
même jour, on pouvait lire
: « Chine: secteur manufacturier ralenti - L'indice
officiel des directeurs d'achat pour le secteur
manufacturier chinois a affiché en octobre son plus faible
rythme depuis février 2009, une statistique susceptible
d'inquiéter les investisseurs sur la capacité du pays à
encaisser le choc d'un ralentissement économique mondial. »
Ce ralentissement va à
l’encontre des réductions des déficits publics et ne peut
qu’être aggravé par les mesures de rigueur prises par les
gouvernements sous prétexte de les réduire. La crise
financière s’autoalimente d’autant plus qu’elle agit en retour
pour aggraver le ralentissement : « certains pays membres [de
l’OCDE] pourraient voir leur PIB reculer de 5 % d'ici au
premier semestre 2013, si les conditions financières
devaient se dégrader de la même manière que lors de la crise
de 2007-2009 » prévient l’OCDE.
L’OCDE analyse, prévient, mais
n’a pas plus de solution à proposer que n’en ont les
participants au G20 qui viennent de nous repasser le plat de
la « gouvernance mondiale », des « échanges commerciaux
équilibrés », d’une nouvelle politique monétaire
internationale, de la taxation des transactions financières...
sans déboucher sur autre chose que des formules sans
lendemain.
Le seul volet de leurs travaux
qu’ils s’emploieront à tenir vraiment, et de toutes leurs
forces, c’est celui de la régression sociale : imposer aux
populations du monde entier toujours plus de sacrifices. C’est
le sens du soutien appuyé de l’ensemble des dirigeants des
plus grandes puissances du monde, Obama en tête, aux efforts
déployés par Merkel et Sarkozy pour imposer le diktat des
banques au peuple grec, et à travers lui, à l’ensemble des
peuples d’Europe.
En revanche, rien ne sera fait
contre les véritables fondements de la crise, le mécanisme de
la dette elle-même, de l’accaparement par les sommets de la
finance des richesses produites par le travail. Rien ne sera
fait contre la façon dont les capitalistes jouent au casino
des marchés financiers la répartition des profits extorqués
aux classes exploitées.
C’est pourtant sur ces
marchés, où la concurrence fait d’autant plus rage que les
véritables profits s’amenuisent du fait du ralentissement de
l’économie et de l’appauvrissement général des masses
« consommatrices », que les dettes s’ajoutent aux dettes, que
naissent, prolifèrent et se disséminent les « titres
toxiques », que gonflent les bulles spéculatives et se
préparent les prochains effondrements.
Preuve que ce risque est d’une
brûlante actualité, une des plus grandes sociétés de courtage
américaines, MF Global, vendant ses services aux spéculateurs
sur les marchés des matières premières, s’est déclarée en
faillite ce début de semaine. Son directeur -ancien patron de
Goldman Sachs et ancien gouverneur du New Jersey- avait ajouté
aux activités « normales » de sa société la spéculation sur
les titres de dette européenne, en particulier italiens et
espagnols. L’accumulation de ces titres toxiques s’est
traduite par une perte de 190 millions de dollars, dont
l’annonce a provoqué une chute de 70 % de la valeur des
actions de l’entreprise en une semaine, la contraignant à la
faillite. C’est la huitième plus importante faillite des USA
en trente ans du point de vue du capital représenté. Elle
laisse 2750 salariés sur le carreau... Autre conséquence, plus
directe, de la crise de la dette européenne : BNP Paribas
vient d’annoncer des bénéfices en baisse de plus de 70% sur
l’année, du fait que les titres de dette grecque qu’elle
détient ont perdu 60 % de leur valeur. Pour rétablir ses
comptes, elle annonce un plan de suppression de plusieurs
centaines d’emplois, initiative immédiatement accueillie par
une remontée de la valeur de son action...
Érosion chronique des
capitalisations boursières, faillites de Dexia, de MF
Global... alors que la purge de la bulle spéculative de la
dette publique se développe, l’OCDE appelait « les
dirigeants des 20 plus grandes puissances mondiales à
prendre des mesures audacieuses pour calmer les turbulences
des marchés et montrer qu'ils peuvent mettre en œuvre des
réformes structurelles face à la crise de la dette »...
Mais elle n’imaginait rien
d’autre, pour le G20, que de s’inscrire dans le prolongement
du sommet de Bruxelles, car, écrit-elle : « Une première
avancée importante a déjà été entreprise avec le plan de
sauvetage de la crise bancaire et de la dette annoncé par
les dirigeants de l'UE le 26 octobre 2011 mais ces mesures
doivent être mises en place rapidement et vigoureusement »...
Contre la « vigueur »
des mesures antisociales des gouvernements, l’urgence de
la riposte du monde du travail et des peuples
En France, Sarkozy et son
gouvernement n’ont pas attendu les encouragements de l’OCDE
pour nous donner un avant gout de la prochaine facture. Ils
nous expliquent, comme on pouvait s’y attendre, que ce nouveau
tour-de-vis« est rendu nécessaire par une perspective de
croissance économique en 2012 plombée par la crise de la
zone euro et revue drastiquement à la baisse... ». Pour
ce faire, « cinq mesures phares » qui devraient
rapporter de 6 à 8 milliards seraient « à l’étude » et
seront détaillées au lendemain du G20 : instauration d’un taux
intermédiaire de TVA pour certains produits et services,
hausse de l’impôt sur les plus grandes sociétés, « stabilisation »
des dépenses des collectivités locales, frein des dépenses de
la sécurité sociale, réduction du train de vie de l’État...
A défaut de trouver la moindre
issue à leur propre crise, les dirigeants des grandes
puissances poursuivent leur offensive contre le monde du
travail, leur politique contre les peuples. Ce faisant, ils
creusent le fossé qui les sépare des classes populaires,
attisent la révolte du monde du travail, des peuples, contre
des politiques de plus en plus injustes, de plus en plus
insupportables. Ils alimentent, nourrissent, une crise
politique qui échappe tout autant à leur contrôle que leur
échappe la crise économique et financière.
Commentant la panique
politique déclenchée par l’annonce de Papandréou, Hollande et
Aubry y voyaient un « défaut de gouvernance » de
l’Union européenne... Comme si la crise politique qui s’étend
était due à un manque de compétence des dirigeants
politiques !
La Tribune de ce
vendredi titre bien plus justement : « zone euro : la
tourmente de la dette tourne à la tempête politique »et
rappelle à quel point, à des degrés divers, c’est l’ensemble
des partis au pouvoir en Europe qui payent, en perdant les uns
après les autres les élections. Mais, conclut l’article, cela
« ne signifie pas que, l'alternance venue, les nouveaux
détenteurs du pouvoir changeront de cap : en Irlande comme
au Portugal, c'est plutôt la continuité qui a prévalu. Comme
si la rhétorique de la conquête du pouvoir s'estompait
toujours, au moment de l'exercice du pouvoir, devant le
principe de réalité. » Ce « principe de réalité »,
c’est la soumission de tous ces partis aux lois du marché, de
la concurrence, aux intérêts des classes dominantes.
Et c’est bien pourquoi la
seule véritable réponse à ces crises ne peut venir que de la
révolte du monde du travail. Les travailleurs et les indignés
grecs, en répondant massivement dans la rue dès vendredi aux
provocations des dirigeants européens ont précipité le
gouvernement Papandréou dans la crise, semé la panique dans
les sommets des pouvoirs.
Ce faisant, ils ont mis au
premier plan la question du pouvoir. Pour répondre à cette
question, le peuple grec ne peut compter que sur lui même, ses
mobilisations. C’est la seule solution pour mettre en place un
gouvernement capable de rompre avec la politique des
dirigeants politiques et financiers de l’Europe des banquiers
et de mettre en œuvre les mesures d’urgence qui s’imposent
pour mettre fin aux reculs sociaux dont est victime la
population. La première de ces mesures est l’annulation de la
dette. Elle doit s’accompagner de la nationalisation des
banques, sans indemnités ni rachat, pour constituer un pôle
public bancaire placé sous le contrôle des travailleurs et de
la population.
Contre le chantage de Merkel
et Sarkozy, représentants directs de l’Europe des banques, le
peuple grec peut d’autant plus compter sur le soutien
internationaliste de tout les travailleurs d’Europe que leur
combat est le même, contre le même ennemi de classe, et que
leur avenir commun est dans une Europe des travailleurs et des
peuples.
Daniel
Minvielle